Radiologue au CHU de Poitiers, le Dr Victor
Dumas est à l’origine d’une école de thrombectomie mécanique à l’hôpital de Lviv. Cette technique permet de réduire les risques de séquelles après un AVC.
Entre le CHU de Poitiers et l’Ukraine, les liens sont forts, notamment via l’association Aide médicale caritative France-Ukraine. Mais ils se sont renforcés depuis l’invasion de la Russie, le 24 février 2022. A l’aide matérielle et logistique s’ajoute désormais un transfert de savoir-faire, incarné par le
Dr Victor Dumas. Après deux formations auprès de radiologues et neurochirurgiens, à Lviv et Dnipro, en avril et mai 2025, le médecin poitevin a initié la réflexion pour créer une école de thrombectomie mécanique. Traduction : extraire le caillot sanguin qui obstrue l’artère du cerveau dans les meilleurs délais pour éviter les séquelles irréversibles.
« L’Ukraine a presque le même nombre d’AVC que la France (140 000 contre 150 000, ndlr), mais avec une population un tiers moins importante. Il y a là-bas un gros levier de rattrapage pour que les patients soient mieux soignés », commente le Dr Dumas. Le taux de recours y est seulement de 2,98% (2024) contre 14% en France, sachant que l’objectif minimal européen s’élève à 5%. Du 17 au 20 novembre 2025, le radiologue, en lien avec la Société française de neuroradiologie et d’autres partenaires et confrères des CHU de Clermont-Ferrand, Lariboisière et Pitié-Salpêtrière (Paris), Toulouse, Bordeaux, Lille et Rouen(*), a donc organisé une session de formation à Lviv, auprès de 34 stagiaires, praticiens et internes. « Nous avons alterné entre cours théoriques et ateliers pratiques, présentiel et distanciel. » Car si l’Ukraine dispose des effectifs médicaux et des équipements ad hoc, le pays manque d’opérateurs formés à cette technique, validée en 2015 dans l’Hexagone.
« Thérapeutique
la plus efficace »
Pourquoi Lviv ? « Parce que c’est la ville partenaire du CHU de Poitiers, répond le radiologue. Nous avions étudié la possibilité de dispenser la formation à Oujgorod et Dnipro, mais les deux villes sont trop petites ou trop exposées au conflit. » Histoire de parfaire leur formation in situ, quelques stagiaires ukrainiens devraient être accueillis à Poitiers, Rouen, Paris ou Clermont-Ferrand pour un stage complémentaire
de trois à six mois. Sans attendre, le Dr Dumas réfléchit à un nouveau cycle de transmission, en novembre 2026, pour que la thrombectomie mécanique se diffuse sur le territoire ukrainien, sachant que l’absence de transport par voie aérienne, guerre oblige, impose un maillage le plus fin possible.
« C'est la thérapeutique la plus efficace de l’ère moderne. Un patient peut récupérer quasi intégralement toutes ses facultés… » Les professionnels du CHU en réalisent quelque deux cents par an. Rappelons que l’AVC ischémique reste la première cause de handicap et la deuxième cause de mortalité dans le monde.
(*)Son confrère du CHU de Poitiers Guillaume Herpe est également intervenu en distanciel.