Le Stade poitevin rugby ne se réduit pas à la traditionnelle troisième mi-temps. Il est avant tout un lieu de mémoire et d’identité. Depuis plus d’un siècle, hommes et femmes se retrouvent autour d’une même histoire, une histoire que Pascal Chevalier connaît sur le bout des doigts.
À trente-six reprises, Pascal Chevalier a prononcé le mot « collectif » lors de notre entretien. Rassurez-vous, il ne s’agit ni d’un syndrome ou d’une pathologie. Simplement d’un héritage. Quand on grandit au rugby, on apprend très tôt que l’on n’avance jamais seul. Ni sur le terrain, ni dans la vie. Alors n'allez pas croire que Pascal Chevalier détient à lui seul la passion du club blanc et noir. Mais lorsqu'on interroge bénévoles et joueurs, c’est bien son nom qui revient. Son histoire avec le Stade poitevin rugby commence aux Trois-Cités, dans l’ombre tutélaire d’un père. Henri Chevalier fut éducateur, dirigeant et mémoire vive du club. Au stade Rebeilleau, son nom circule encore dans les conversations. « Quand il a été enterré, il y a quatre ans, au cimetière de la Pierre-Levée, il avait demandé à ce que ses pieds soient tournés vers Rebeilleau », se rappelle Pascal, les yeux humides. Son dernier souhait ? Que l’hymne écossais Flower of Scotland accompagne sa sortie d’église. Une façon de dire que le rugby dépasse les frontières, les apparences. Sur les traces de son père, Pascal ne cessera de porter le noir et blanc, et ce même hors de Poitiers. Opportunités professionnelles oblige, le professeur de sport se voit muté en région parisienne. Là-bas, hors de question d’arborer les chaussettes du club local. « C'était une forme de reconnaissance pour l’apprentissage que l’on m’a donné à l’école de rugby. Jamais je ne renierai ça. »
Gloire d’antan
Dans la vitrine du club-house, le Bouclier de Brennus de
2e division, remporté en 1935, raconte la gloire. Il rappelle aussi la douleur. Le lendemain de la finale, un joueur mourait des suites d’une blessure aux cervicales. Depuis, chaque
1er novembre, une gerbe est déposée en sa mémoire. Le Stade n’oublie pas les siens. « Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient », souffle Pascal. Alors, il veille. Aux commémorations des anciens joueurs tombés à la guerre. Aux enterrements des joueurs disparus. Aux retrouvailles d’anciens qui, le temps d’un match, redeviennent des gamins.
Dans le club-house, des assiettes d’enfants sèchent encore près de l’évier. Le matin même, des jeunes participaient à un stage. Le club a vacillé au milieu des années 2000, frôlé la disparition, mais il est resté debout. Et pour assurer sa pérennité, malgré toutes les difficultés, le meilleur moyen reste le même :
transmettre aux nouvelles générations le sens profond du maillot, l’esprit du club… Apprendre à « appartenir à une histoire, à un collectif ».