La hausse conjoncturelle du nombre d’offres d’emploi non satisfaites dit tout des difficultés rencontrées par les entreprises pour trouver chaussure(s) à leur(s) pied(s). Etat des lieux avec Benoît Meyer, directeur territorial de France Travail dans la Vienne.

Nicolas Boursier

Le7.info

Des besoins à exprimer

« Dans un contexte incertain, marqué par un ralentissement général de l’activité, les entreprises de tous secteurs ont moins embauché ces douze derniers mois qu’elles ne l’avaient fait en 2022 ou 2023. Dans la Vienne comme au niveau national, ce recul est constatable depuis deux ans. Mais avoir des difficultés à recruter ne signifie pas que notre département n’est pas dynamique. De grosses locomotives continuent de maintenir leur recherche de personnel à un certain niveau d’exigences et de fréquence. C’est le cas des services à la personne, des services aux entreprises, tirés par le téléconseil, très gros consommateur d’emplois en terres poitevines, du tourisme, bien sûr, et des traditionnels secteurs de l’hôtellerie-restauration (10% des offres diffusées en 2025), du 
bâtiment et de l’industrie. A ce titre, l’aéronautique et la défense commencent à exprimer des besoins de plus en plus réguliers et ciblés. »


Des difficultés à recruter

« Elles s’expliquent de différentes manières. Pour certains secteurs, je pense notamment à la restauration, ce sont les conditions de travail, les horaires, la « dureté » supposée de la mission... qui détournent les candidats à l’emploi. D’autres ne portent pas l’attention espérée aux offres formulées au seul motif qu’ils connaissent mal ou méconnaissent totalement la nature des métiers représentés dans l’entreprise recruteuse, la richesse du poste, les perspectives d’évolution... Inversement, pour les entreprises elles-mêmes, c’est le manque de qualification des candidats qui constitue le principal frein à l’embauche. »


Des solutions à apporter

« Quelle que soit la raison pour laquelle le recrutement s’avère difficile, des solutions existent pour optimiser les chances des recruteurs et des candidats à l’emploi d’« accorder les violons ». 
La première d’entre elles ? Que les entreprises apprennent à ajuster leur organisation (horaires, bien-être, accompagnement managérial...) pour gagner en attractivité puis pour fidéliser. Le manque de qualification ? Là encore, il faut savoir faire preuve d’ouverture et d’imagination. Nous travaillons beaucoup avec les entreprises sur la nécessité d’élargir leurs critères de recrutement, lorsque le poste à pourvoir ne nécessite pas de formations de très haute technicité. On ne devient pas chef cuisinier ou ingénieur comme ça. En revanche, de nombreuses fonctions peuvent être remplies si la formation devient un atout de valorisation des compétences. France Travail défend notamment auprès des PME l’intérêt de son dispositif d’immersion professionnelle. Proposé aux deux parties sur quelques jours, il permet au dirigeant de sonder le savoir-faire et le savoir-être du demandeur d’emploi, de mieux cerner ses motivations, sa capacité à s’intégrer au projet collectif. Pour le demandeur d’emploi, c’est en plus l’occasion de s’imprégner du projet entrepreneurial et des valeurs défendues par son potentiel futur employeur. Dans le meilleur des cas, cette immersion est complétée par une « préparation opérationnelle à l’emploi », elle-même sanctionnée par une formation en centre dédié ou sous la forme d’un tutorat au sein même de l’organisation. »

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