L’or ne connaît pas la crise

En ces temps de crise, l’or reste la valeur refuge par excellence. Dans la Vienne, les propositions d’achats n’ont jamais été aussi nombreuses. Le « 7 » a enquêté.

Antoine Decourt

Le7.info

En septembre dernier, Martine a poussé la porte de la bijouterie Muzzolini à Poitiers. Dans son sac, deux bagues et un sautoir, tous les deux en or. La mère de famille s’est résignée à se séparer de ses bijoux pour pouvoir payer les abonnements de transports scolaires de ses enfants. Des exemples comme celui-ci, le gérant de l’enseigne poitevine en a plein son tiroir-caisse. « Depuis quelques mois, on assiste à une véritable recrudescence des ventes d’or », constate Didier Muzzolini, président du syndicat des bijoutiers de la Vienne.

Deux raisons expliquent ce phénomène. D’abord, l’impact de la crise sur le pouvoir d’achat des ménages... et la flambée du cours de la matière première « Le prix de l’or n’a jamais été aussi élevé, explique-t-il. Actuellement, il se situe autour de 40 000€ le kilo. » Autant dire que l’intéressement à la revente offre de sacrées perspectives. 

18 carats, 17,5 grammes 

Pour le vérifier, le « 7 » a mené sa petite enquête. Munis d’une gourmette et d’une chaîne, nous sommes aller faire expertiser notre « trésor » dans diverses boutiques s’auto-proclamant « acquéreurs d’or ». Didier Muzzolini commence par estimer la proportion du précieux métal dans les deux bijoux. Réponse rapide : 18 carats, soit 75% d’or. Puis il pèse l’ensemble : 17,7 grammes. « Au cours du jour, je pourrais vous les racheter 350€, assure-t-il. Et encore, je vous donne une fourchette basse. » 

Avec lui, nous disposons désormais d’un bon point de comparaison. C’est sous le sceau de l’anonymat que nous nous présentons chez un numismate. « Je ne vais pas faire de poinçon, précise d’emblée celui-ci. À vue d’œil, je pense qu’ils sont tous les deux de dix-huit carats. » Leurs poids ? 17,5 grammes. Au petit jeu de la calculette, le verdict tombe. Implacable. « Je vous en pro- pose 385€. » Pas mal !

Allez, un deuxième bijoutier. Tout sourire, il commence par soupeser la gourmette et la chaîne. Il les scrute attentivement, avant de changer de ton: « Ce ne sont pas des objets volés, au moins ? » Nous lui garantissons qu’ils ne le sont pas. « Je préfère vous poser la question, on ne sait jamais à qui on a affaire », se justifie-t-il en retrouvant son sourire. Il effectue alors deux petites marques, passe un liquide sur les traces d’or qu’il vient de retirer, puis nous confirme ce que nous savions déjà: « 18 carats pour les deux ». Leur poids: « 17,6 grammes ». Deux opérations à la machine et il nous donne son prix: « 387,20€ ». Jackpot !  

120€ d’écart 


Dernière halte, dans un dépôt-vente cette fois-ci. « Faites une affaire ! Revendez-nous vos bijoux, lingots et pièces en or ! » Inscrit à la va-vite sur la devanture, le slogan nous laisse bon espoir. À l’entrée, un vendeur nous demande de patienter. « La bijoutière va arriver... » Cinq bonnes minutes plus tard, la vendeuse, affairée au rayon téléphonie mobile, vient à notre rencontre: « Vous pouvez me passer vos bijoux ? » Serait-ce notre «experte» ? Nous le supposons... Un coup d’œil sur chacun des bijoux, un petit tour sur la balance (17,2g) et une seule opération sur sa calculette. En une minute, elle nous livre sa sentence: « Je vous en propose 270€. » La belle affaire ! 

Cent dix-sept euros entre la meilleure et la plus mauvaise offre. Revendre son or mérite d’y réfléchir à deux fois. Le président du syndicat des bijoutiers de la Vienne abonde dans ce sens. « Nous n’avons pas encore constaté de véritables arnaques, lance Didier Muzzolini. Je conseille toutefois de privilégier le circuit classique des bijoutiers. » Notre brève investigation tend à le confirmer.

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