Ces champignons qui tuent

La cueillette en sous-bois bat son plein depuis l’été. Les pousses sont nombreuses et les « trophées » parfois mémorables. Ils peuvent toutefois être fatals. Une vieille dame des environs de Poitiers est décédée au seuil de l’automne et plusieurs cas d’intoxication ont été constatés.

Nicolas Boursier

Le7.info

C’est le genre de ritournelle qu’ils se passeraient volontiers d’entendre. Elle résonne pourtant à leurs oreilles chaque année, entre été et automne, soulevant le même vent d’irritation chez Raphaël Hervé et Patrick Harry. Le premier est président de la Société mycologique du Poitou, le second chef de service au Centre antipoison et de toxicovigilance d’Angers. Ils ne se connaissent pas, mais ont un trait de caractère en commun : ils abhorrent l’inconscience et la bêtise humaines. Des défauts indécrottables qui trouvent leur pleine expression lorsque sonne l’« heure du champignon ». « Mon constat ?, ironise le médecin, c’est que les comportements ne changent pas. Neuf cueilleurs sur dix n’ont qu’une connaissance très limitée des variétés qu’ils rencontrent. Et pourtant, bon nombre d’entre eux continuent de ramasser n’importe quoi. »
Le propos est acerbe, mais témoigne de l’ulcération du praticien. Pour Raphaël Hervé, « les risques de confusions entre espèces sont multiples ». « Raison de plus pour ne pas tenter le Diable », abonde le mycologue. Il confirme notamment que, cette année, nos forêts pullulent d’entolomes livides, spécimens très toxiques, à l’origine de syndromes digestifs précoces et profus. « Contrairement à l’omniprésente amanite phalloïde, l’entolome n’est a priori pas mortelle, étaie Patrick Harry. Mais sur des sujets sensibles, elle peut être la cause de lésions importantes. Et il n’est pas rare que les gens la confondent avec un simple agaric. Le danger est grand, très grand. »

Inocybe mortel
Si la phalloïde demeure l’ennemi public numéro un (95% des décès lui sont imputables), la toxicité de certains champignons peut donc révéler des affections sous-jacentes et créer des « cocktails » irréversibles.
Pour la seule année 2012, le Centre antipoison d’Angers a ainsi répertorié trois cents cas d’intoxication, dont deux
mortels. « Le dernier en date concernait une personne âgée des environs de Poitiers, reconnaît Patrick Harry. Son mari et elle ont ingéré des formes toxiques d’inocybes. Le monsieur s’en est sorti. La vieille dame, elle, n’a pas survécu aux complications nées de cette intoxication. » Le CHU de Poitiers, avec lequel collabore le centre antipoison d’Angers, n’a pour sa part officialisé aucun décès intra muros. Tout juste avoue-t-il que son service d’urgences est régulièrement confronté à des cas de patients « incommodés ». Sept pour la seule semaine du 21 au 28 octobre. Ça commence à faire beaucoup, non ?

Faites vérifier votre cueillette
On distingue deux formes de syndromes d’intoxication au champignon. Les syndromes à durée d’incubation courte se traduisent, dans un délai de 30 minutes à cinq heures, par des troubles digestifs (douleurs abdominales, nausées, vomissements, diarrhée…), des sueurs profuses, voire de l’hypotension. Le pronostic pour ces syndromes est généralement favorable. Pour les durées d’incubation longue (au-delà de six heures), les risques sont beaucoup plus grands. L’intoxication phalloïdienne en est l’exemple le plus fréquent. Le temps de latence est de 10-12h en moyenne et est généralement suivi d’une phase gastro-intestinale accompagnée de vomissements importants et de diarrhées profuses.
Il est impératif, après constatation des premiers symptômes, de consulter les urgences. Vous pouvez également appeler le centre antipoison d’Angers au 02 41 48 21 21, pour l’établissement d’un premier diagnostic. En revanche, il ne procède pas à l’examen de votre cueillette. Pour éviter toute confusion, adressez-vous à la Société mycologique du Poitou (05 49 38 05 19) ou à un pharmacien. N’oubliez pas : un seul champignon toxique perdu au milieu d’un panier de comestibles peut vous être fatal.
 

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