Jérôme Petit, colosse aux pieds d’argile

Jérôme Petit. 43 ans. Sélectionneur de l’équipe de France de bodybuilding, coach à distance et patron d’une société de cosmétique. Atteint de la maladie de Parkinson depuis trois ans, il se réfugie autant que possible dans l'entraînement physique, depuis son ranch de Sanxay.

Arnault Varanne

Le7.info

Les temps ont changé, de même que le regard du public. Le bodybuilding, ou culturisme, se voit désormais moins assimilé à la « gonflette », terme à connotation péjorative qui lui a pourtant longtemps collé à la peau. Jérôme Petit l'observe depuis plusieurs années déjà. « Aujourd’hui, tout le monde fait du fitness, c’est très à la mode. Les salles poussent comme des champignons, notamment à Poitiers. Quelques a priori sont tombés. »

Les heures de musculation se devinent sans mal sous les vêtements serrés du Poitevin de 43 ans. « Pas de sueur, pas de résultat », annonce la pancarte accrochée à l'entrée de la salle de gym, dans son ranch de Sanxay. Le coach sportif y exerce depuis une dizaine d'années, tandis que sa femme gère le centre d'équitation attenant (une vingtaine de chevaux). Jérôme s'est spécialisé dans le bodybuilding « un peu par hasard », alors qu'il entraîne Christelle Martin, une marathonienne aguerrie, dont il décèle « des qualités physiques au-dessus de la norme ». Ne rechignant pas à l’effort, l’ancienne gérante de La Bergerie du Golf des Forges, à Vasles, parvient à décrocher les titres de championne de France et de championne du monde de la discipline, un peu plus d’un an après le début de leur collaboration. « Après ça, il y a eu un effet boule de neige. »

La récompense dans l'effort

Ancien boxeur chez les super-légers, Jérôme Petit a depuis mené de nombreux athlètes sur les podiums, partout dans le monde. Leurs bons résultats l’ont rapidement mené à la tête de la sélection nationale. Son cheval de bataille : le mental. « Beaucoup de culturistes sont introvertis, explique Jérôme. Le pratiquant de base a souvent un rapport à soi, à son corps un peu difficile. C’est pourquoi l’approche psychologique est importante dans la préparation. »

Car un concours est avant tout un show, une performance où la présence et le charisme sont déterminants. Il s’agit de montrer les muscles mais aussi de s'affirmer sur scène. Le travail du corps n’en reste pas moins essentiel. Jérôme dépeint une pratique exigeante, lorsqu’elle ne tombe pas dans les dérives du dopage. « Pour être au plus bas de sa masse graisseuse, c’est très compliqué. Surtout dans l’assiette. Il faut s’astreindre à un régime calculé, strict et structuré. La discipline est vraiment dure, surtout qu’on repart souvent avec une coupe et une poignée de main. » La récompense est ailleurs. Dans le plaisir de l’effort, la dopamine, cette « hormone du bonheur ». « Moi, c’est ce dont je manque un peu aujourd’hui… », lâche spontanément le gaillard.

Depuis trois ans, Jérôme souffre de la maladie de Parkinson. Il a d’abord ressenti d’importants maux de tête, des tremblements sur la partie droite de son corps et une tétanie des muscles du membre supérieur (trapèzes). Avant de voir son moral subitement faire les montagnes russes. « On a de plus en plus de mal à se lever, de plus en plus d’idées noires… C’est une forme de dépression où l’angoisse est exacerbée. On sent qu’il n’y a rien de normal à cet état. » Le diagnostic est tombé il y a un an et demi au CHU de Poitiers. Jérôme Petit n’avait jamais entendu parler de cette affection neurologique. Elle ne se déclare que rarement chez les personnes de moins de 50 ans. « Mettre un nom sur ce problème a d’abord été un soulagement. Après, j’ai accusé le coup. Le mot « dégénératif » est dur à accepter. On comprend que le combat est perdu d’avance, que le futur devient plus incertain. »

Depuis le réajustement de son traitement, qui lui impose une rigueur de fer, Jérôme se dit « dans le dur ». Il s’efforce pour autant de vivre au mieux avec la maladie. Le natif de Marseille goûte un peu plus le calme de la campagne, au plus près de cette nature qui l'apaise. Il s'adonne parfois à une autre passion, la pêche. Quand il ne se réfugie pas dans la salle pour se réapproprier ce corps qui semble par moments lui échapper. « M’entraîner me permet d’activer un mécanisme de combat mental. C’est vital, pour mon bien-être. Mais j’ai intérêt à bien doser mes efforts... » Une « force de caractère » qu’il tient de l’enfance et du décès brutal de sa mère.

« Besoin d'extérioriser »

Le quadragénaire n’a jamais cherché à cacher ce mal qui le ronge, a fortiori dans ce milieu où l’on s’attache tant à montrer sa force. « Je n’ai pas honte de mes tremblements ni peur du regard extérieur. Sinon, je me couperais des autres. » Le colosse s’est ouvert. Sur les réseaux sociaux, il participe à des groupes de paroles, échange avec d’autres malades, jeunes et moins jeunes. Dernièrement, il s’est confié à d'autres patients du CHU de Poitiers « histoire d'amener un regard positif, confie-t-il. C’est aussi une thérapie. Fonctionner comme un leader me permet de trouver ma place ». Et de se sentir « comme avant ». Cela n’a pas été si facile pour lui, plus habitué à écouter ses protégés qu’à se livrer. « On a besoin d’extérioriser, sans quoi on se renferme et on fait du mal à notre entourage. »

Reconnu travailleur handicapé depuis peu, Jérôme Petit entend « garder le cap ». Il veut continuer à coacher ses athlètes, à développer sa société de tanning (la technique de bronzage des culturistes, ndlr), encadrer l’équipe de France... L'homme ne manque pas d'objectifs. Au printemps 2021, il compte organiser un show « unique en France » autour du bodybuilding, sur la Technopole du Futuroscope.

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