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L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne, rédacteur en chef du 7.
Les paroles ne sont-elles que « caramels, bonbons et chocolats » ? Les chansons populaires soutiennent nos états d’âme ; elles ne sont pas faites pour nous aider à décrypter le monde. Car les mots transforment bel et bien le réel, ils façonnent le regard dominant qu’une société porte sur le monde, pour le meilleur et pour le pire. Ainsi n’est-il pas neutre de choisir « cotisations » plutôt que « charges sociales », « allocataire » plutôt que « bénéficiaire du RSA », « personnes qui fuient leur pays » plutôt que « flux migratoires ». « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde. Ne pas les nommer, c’est nier notre humanité », écrivait Camus. Je cite Albert, bien sûr, et non l’auteur du terme de « grand remplacement » qui s'infiltre insidieusement dans l’espace public.
La parole, les discours sont performatifs. La rhétorique qualifiant le dérèglement climatique de « canular », nourrit le climatoscepticisme. Les litanies sur le déclin alimentent le ressentiment, le repli sur un passé fantasmé, la crainte de l’altérité et des évolutions. A l’inverse, les récits de parcours individuels et d’aventures collectives relatés chaque semaine dans le journal que vous tenez à l’instant dans les mains inspirent. Ils donnent l’envie et l’énergie de se tourner vers l’action plutôt que de s’abandonner à ressasser. Et puis, il y a des mots qui soignent. Ceux que l’on prononce et ce que l’on entend. Le 27 février, à l’Espace Mendès-France/Lieu Multiple, une sortie de résidence l’a merveilleusement illustré. « Des mots pour réparer », c’est le fruit d’une mise en voix et en scène par Céline Agniel de textes issus d’ateliers d’écriture menés par l’écrivain argentin Eduardo Berti avec l’équipe soignante et des patientes du centre de psychotraumatologie du centre hospitalier Laborit, à Poitiers. Cette expérience sensible croise la médecine narrative (expérience d’écoute des histoires du patient), le jeu littéraire de l’Oulipo (s’appuyer sur la contrainte pour libérer sa créativité) et l’art dramatique. C’est un merveilleux exemple de la possibilité de surmonter des drames, justement, par un travail collectif sur la parole. Merci à Mélanie Voyer pour le partenariat au long cours entre l’hôpital Laborit et le centre de culture scientifique qu’est l’Espace Mendès-France. L’hybridation des identités et des expériences enrichit notre rapport au monde, tout comme la parole aide à tenir et à sourire, face aux désastres du monde.
CV express
Passionnée de culture et de sciences, attachée au partage des connaissances et des questionnements, friande de débats vifs mais respectueux (des autres comme des faits), j’ai traversé différents univers professionnels, jusqu’à la direction de l’Espace Mendès-France. Bretonne d’origine, Parisienne de formation, Poitevine par hasard mais depuis longtemps, Européenne de culture, je me reconnais dans l’hybridation.
J’aime : le lyrisme d’Hugo et l’incandescence de Char, les œufs à la coque et l’os à moëlle, la nuance, penser contre moi-même (et avec les autres), Giotto et James Turell, les coquelicots, nager dans l’océan, Vanessa Wagner et Etienne Daho, la Fondation Maeght en Provence.
J’aime pas : les choux (sauf à la crème), le ressentiment, la servitude volontaire, la mauvaise foi.
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