UZ, la gloire masquée

Guillaume, la quarantaine. DJ international né à Loudun, connu sous les pseudos DJ Troubl, Plezier ou encore UZ. A été champion de France, d’Europe et du monde aux platines. A plusieurs fois fait le tour de la planète, dans les plus grands festivals. Signe particulier : cultive la discrétion et un rythme de travail apaisé.

Steve Henot

Le7.info

Vingt-cinq ans que sa silhouette longiligne domine les platines. De ses diverses identités de disc-jockey -qui incarnent presque autant de genres musicaux- « UZ »(*) est celle qui est restée. Un personnage mystérieux, reconnaissable au masque que porte l’artiste sur scène ou sur ses photos promotionnelles. « J’en avais marre d’être devant les gens, ça me mettait en stress. Le masque m’a un peu sauvé, je pouvais me cacher derrière, plaide-t-il. Et au niveau marketing, avec mon manager, on avait fait fort sans même le faire exprès. »

Depuis plus de dix ans, le DJ masqué déplace les foules partout dans le monde, à chacune de ses tournées, et travaille avec de nombreux artistes comme Ice Cube, DJ Shadow ou T-Pain. « La vie d’artiste international, résume-t-il. J’ai fait dix fois le tour de la Terre. » Après avoir réussi à garder secrète sa véritable identité cinq ans durant, UZ révèle en 2016 qu’il est ce « Frenchie » champion de France, d’Europe et du monde aux platines sous le pseudo de DJ Troubl. Sans tomber le masque pour autant. « Je n’avais pas envie d’être une star, d’être sur le devant de la scène. »

Naissance d’un champion

Né à Loudun d’un père entrepreneur et d’une mère cheffe d'équipe au Futuroscope, le quadra n’avait jamais imaginé une telle carrière. Sa passion a d’abord été le skateboard, qu’il a souvent pratiqué sur la place du Maréchal-Leclerc, à Poitiers. « Sans vouloir paraître prétentieux, le niveau que j’avais m’aurait permis de passer pro aujourd’hui. C’était trop undergound à l’époque. » Il grandit « baigné dans la musique », entre les instruments de ses demi-sœurs et des vinyles de ses demi-frères, tous deux DJ. Lui qui jouait de la guitare et de la batterie touche pour la première fois aux platines à l’âge de 16 ans, et révèle un talent certain. « Je trouvais le scratch assez marrant et cool, on m’a dit de commencer à investir. »

Guillaume n’a pas fait les choses à moitié. Après avoir acquis sa première paire de platines, il ne tarde pas à partir un an en Angleterre, puis une autre année à Los Angeles pour s’entraîner « comme un fou ». « J’aime me concentrer sur mes passions, étudier profondément les choses. Un peu comme un autiste. » Si bien qu’à son retour dans l’Hexagone, le DJ a « une longueur d’avance ». En plein âge d’or de la discipline, il glane ses premiers titres de champion de France puis, en 2002, s’impose aussi aux championnats d’Europe et du monde. « C’était mon but, je ne savais plus trop quoi faire après. »

« En plein pic, on ne te dit jamais qu'il faut gérer. »

Technicien hors pair, Guillaume perfectionne son art, en quête de nouveaux rythmes, de nouveaux défis. « J’ai appris à jouer des deux mains. » Il vit de démonstrations en soirées, de collaborations -avec les Poitevins d’Antihero notamment- et de ses premiers disques. « Je faisais de la musique tout le temps, huit heures par jour, se souvient le producteur. Mais en général, au bout de dix ans, je me lasse d’un projet. J’ai alors commencé à faire de la house-garage sous le nom Plezier, ça a commencé à décoller un peu. Et en parallèle, j’avais UZ, un projet sans prétention où je postais un morceau par semaine sur Internet. Les gens ont trouvé ça frais. » Séduit, l’agent du célèbre Skrillex le contacte et lui propose de quitter son domicile de Saint-Benoît pour tourner sur les plus grandes scènes de la planète, sous cette nouvelle identité. « Quand cette personne t’appelle, tu y vas sans hésiter. »

De retour en France

UZ découvre très vite une vie à cent à l’heure, les voyages incessants, les shows devant 10 000 personnes… Une vie d'excès, aussi. « Je n’avais plus de vie. En 2014, ça commençait à être un peu difficile. Surtout quand tu enchaînes tous les soirs… En plein pic, on ne te dit jamais qu’il faut gérer. Aux Etats-Unis, ils vont plutôt presser le citron jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de jus. » Guillaume atteint le point de rupture un soir, au festival Coachella. Il apprend le décès de son père en sortant de scène. « Ça craque un ou deux ans après… Dès lors, j’ai appris à faire les choses différemment, à me recentrer sur moi-même. »

Installé à Los Angeles, le musicien décide de ralentir la cadence, de suivre son rythme. Avec sa manager et compagne -une chanteuse anglaise rencontrée à l’issue d’un concert-, il lance un label, Quality Goods Records. Puis, las du « fake américain », décide de revenir en France. « Juste avant le début de la pandémie, j'ai eu un pressentiment… J’ai dit à ma femme : on va rentrer chez nous, on a assez développé nos relations aux Etats-Unis et on peut gérerle travail de n'importe où grâce à Internet. » Désormais à Paris, UZ ne regrette pas ce choix de vie qui lui permet de revoir plus souvent la Vienne, où il a conservé de solides attaches. « Je suis proche de la famille, des amis. Je suis moins concentré sur ma carrière que sur mon épanouissement personnel. » Son année 2023 devrait toutefois être productive, avec une tournée, des sons à venir… Ainsi qu’un nouveau projet musical, intitulé Rose Noir, « qui vient de mon amour pour la musique des années 70 ». Celui qui figure parmi les précurseurs de la « trap » est bien loin de la retraite. « Je n’ai pas le temps pour d’autres passions. Même si aujourd’hui je peux ne plus faire de musique pendant six mois… J’y reviens toujours ! »

(*)Prononcez « Youzi »

DR
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