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Elle a fait une halte à Poitiers le 5 mars à l’invitation du festival Bruits de langue organisé par les étudiants du master Livre et médiations de l’université. Et elle a apprécié le moment, elle dont l’amour des mots tient lieu d’ascèse. Ainsi va Gabrielle de Tournemire, agrégée de lettres modernes à l’Ecole normale supérieure de Lyon et en cours de rédaction d’une thèse… à l’université de Poitiers. « Mon sujet porte sur l’énonciation collective du pronom « nous » dans la littérature contemporaine. C’est un peu technique ! » Gabrielle devrait « en théorie » conclure « avant la fin de l’année », mais ne se met pas la pression. En parallèle, cette étudiante pas tout à fait comme les autres donne des cours, à des L1 comme à des master, avec un égal bonheur.
Entre Paris et Poitiers aujourd’hui, peut-être Lyon demain, qui sait, l’Yvelinoise d’origine ne craint pas de sortir de sa zone de confort. En 2021, la fille de pédiatre et professeure d’histoire s’est accordé un break d’un an. Direction la Belgique et un service civique au sein d’un foyer d’accueil pour personnes en situation de handicap, La Ruche. Elle y a butiné des rencontres « inoubliables », après avoir eu « un bon feeling avec la personne qui recrutait ». Là-bas, certaines représentations sont tombées. « Au bout d’une ou deux semaines au sein du foyer, je me suis dit que je n’avais rien compris au handicap… » Quelque chose de l’ordre de la « complexité » des situations. L’inspiration de son premier roman est venue « huit-neuf mois après ». Dans Des enfants uniques, sorti en août 2025, Gabrielle questionne les relations affectives, amoureuses et sexuelles de ceux auxquels « on n’accorde pas tellement de regards », par « tabou » ou « désintérêt » de la société.
« Moi-même, j’ai été étonnée d’être étonnée de ne pas y avoir pensé… », abonde-t-elle. L'écrivaine narre le quotidien d’Hector et Luz, deux ados amoureux et « empêchés chacun à leur façon », avec « leur caractère, leur tempérament » par-delà le handicap. Le Monde a parlé d’un « premier roman lumineux », France Info d’un « récit subtil et touchant sur un amour qui dérange ». Et, au final, l’ouvrage publié chez Flammarion s’est adjugé le prix « Envoyé par la Poste ». Pas de quoi faire tourner la tête de l'autrice, même si elle reconnaît « être entrée dans une sorte de tourbillon à partir de janvier 2025 ». Jusqu’à cette reconnaissance publique et des critiques élogieuses qui l’ont « rassurée ».
Et maintenant ? Ceux qui pensent que Gabrielle de Tournemire planche déjà sur un deuxième roman se trompent. Sa priorité reste sa thèse, le goût du travail bien fait chevillé au corps. Elle qui a grandi dans « un milieu privilégié » au milieu -littéralement- de six frères et sœurs cultive une certaine idée de l’excellence. Gamine, elle s’est un temps rêvée « star de cinéma en train de monter les marches du Festival de Cannes ». Ses quelques années de théâtre ont accrédité la thèse d’un destin sur les planches -j’ai adoré jouer la pièce Toi et tes nuages d’Eric Westphal »- ou devant la caméra. Mais la prépa littéraire et a fortiori l’agrégation l’ont amenée ailleurs. « Disons que je me suis laissée porter. Dans mon milieu, les études sont très importantes, il faut réussir, passer des concours. Ça a été un moteur. » Aujourd’hui, Gabrielle questionne ce modèle où il faut travailler à l’excès. « Peut-être que j’aurais aussi réussi en allant à la fac. J’ai un autre regard. »
Et demain ? L’enseignement l’attire, à l’université ou « dans l’éduc nat’ », Gabrielle ne sait pas encore avec précision. Ce qu’elle sait, en revanche, c’est que les mots ont un pouvoir qui dépasse de loin les simples échanges humains. « Avec la langue, des rapports de pouvoir s’instaurent liés à des enjeux démocratiques. » En cours, Gabrielle déconstruit aussi certains mécanismes de compréhension des rapports hommes-femmes. Comme la règle du masculin neutre dont beaucoup pensent « qu’elle a toujours été gravée dans le marbre », alors que « la féminisation n’est pas quelque chose à faire mais qui avait été fait ». Féministe ? Assurément. Indignée ? Tout autant, notamment « par le vide du langage ». Les relations sociales avec ses proches et engagements associatifs constituent une sorte de refuge. La littérature itou. « Le monologue du nous de Bernard Noël ou Nous les vagues de Mariette Navarro sont des ouvrages extrêmement puissants qui ne cessent de me mettre à l’épreuve », conclut celle qui se définit dans la vie comme « une bonne amie ».
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Gabrielle de Tournemire. 28 ans. Réalise une thèse à l’université de Poitiers sur la question du pronom « nous » dans la littérature contemporaine. Autrice du très remarqué Des enfants uniques, récompensé à la rentrée 2025. Signe particulier : se sent « privilégiée ».