Avec le développement des écrans et du travail de près, la myopie gagne du terrain chez les enfants. Dans la Vienne, le professeur Nicolas Leveziel et plusieurs professionnels cherchent désormais à mesurer précisément l’ampleur du phénomène.

Pierre Bujeau

Le7.info

La myopie progresse. Si le phénomène est particulièrement documenté en Asie -où certains pays recensent jusqu'à 
95% d'enfants touchés-, les données restent encore parcellaires en France, notamment chez les plus jeunes. C'est précisément pour combler ce manque que le professeur Nicolas Leveziel, chef du service d'ophtalmologie au CHU de Poitiers, a lancé une étude d'envergure dans la Vienne, en collaboration avec le rectorat. 
« L'objectif initial, c'est d'avoir des données épidémiologiques sur la myopie chez les enfants scolarisés, du CP à la 
3e, explique le médecin. L'augmentation du temps d'écran et d'autres facteurs font craindre un véritable danger de santé publique. » Pour obtenir des résultats représentatifs, l'étude vise au minimum 1 000 participants, avec un objectif théorique pouvant atteindre 1 500 enfants. Le choix de la Vienne n'est pas anodin. Le département présente une diversité de territoires, zones urbaines et rurales, profils sociaux variés, qui en fait un terrain d'étude idéal. Avec l'appui du rectorat, plusieurs écoles et classes ont été sélectionnées pour constituer un échantillon aussi représentatif que possible, et les consultations, entièrement gratuites, se poursuivent hors établissements scolaires. [voir encadré]


Inégalité et vision

Au-delà de l'enjeu scientifique, l'étude revêt une dimension médicale concrète. Car derrière les chiffres se cachent des enfants qui grandissent parfois avec une vision dégradée sans en avoir la moindre conscience. L'examen permet ainsi de révéler des myopies parfois importantes chez des enfants sans correction, n'ayant pour certains jamais consulté d'ophtalmologiste. Le spécialiste cite le cas d'une adolescente de 
15 ans, scolarisée en troisième, qui n'avait jamais porté de lunettes ni vu un ophtalmologiste de sa vie. Elle présentait pourtant une myopie sévère aux deux yeux. « Elle passe son brevet cette année », souligne le médecin. 


Complication visuelle

Le dépistage prend tout son sens quand on sait que la myopie évolue particulièrement vite durant l'enfance. Sa progression est notamment marquée entre 7 et 12 ans, période durant laquelle l'œil est encore en plein développement. Plus elle s'installe tôt et profondément, plus les risques de complications à l'âge adulte augmentent. Le professeur Leveziel évoque notamment les décollements de rétine, le glaucome, la cataracte ou encore des atteintes de la macula, qui peuvent apparaître à des âges plus précoces chez les personnes fortement myopes. L’enjeu est double… Identifier suffisamment tôt les enfants concernés et, lorsque cela est nécessaire, leur proposer une prise en charge permettant de ralentir l’évolution de leur myopie.

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