Les Semaines d’information sur la santé mentale seront marquées, jeudi, par une soirée consacrée à la période périnatale, à l’îlot Tison dès 18h, organisée par le Centre hospitalier Laborit. Charlotte Xavier-David, psychiatre périnatale, évoquera la dépression chez les jeunes parents.
La santé mentale est de plus en plus présente dans le débat public. Qu’en est-il de la santé mentale des jeunes parents ?
« C’est un véritable enjeu de santé publique, parce que les troubles psychiatriques en période périnatale sont très fréquents. La dépression touche 15 à 20% des mères. Chez les pères, on estime qu’elle concerne également 8 à
10% d’entre eux. La dépression périnatale peut donc toucher n’importe quel parent. Pourtant, ces troubles restent encore insuffisamment dépistés et diagnostiqués. Il y a un enjeu important en matière de prévention puisqu’on estime que le suicide est la première cause de mortalité chez les femmes à un an du post-partum, devant les pathologies cardiovasculaires. »
Pourquoi la période périnatale est-elle une période de fragilité psychique ?
« La grossesse entraîne des modifications structurelles importantes du cerveau, démontrées par l’imagerie. Ces changements peuvent rendre la femme vulnérable sur le plan des émotions et augmenter le risque de dépression et de troubles anxieux en période périnatale. Chez les pères, il n’y a évidemment pas ces modifications liées à la grossesse, mais l’arrivée du bébé et le lien d’attachement entraînent aussi des changements hormonaux, avec notamment une diminution de la testostérone et une augmentation de l’ocytocine et du cortisol. »
« Je trouvais justement intéressant de passer par le théâtre pour aborder ces sujets. »
Face à la dépression, les
parents ont souvent tendance à culpabiliser...
« Je ne cesse de le répéter à mes patients : ils ne sont pas responsables de leur trouble psychiatrique, et ce n’est pas du domaine de la volonté. Si vous avez une fracture de la jambe, vous n’allez pas vous forcer à marcher. Là, c’est une fracture cérébrale : le cerveau ne fonctionne pas comme d’habitude et il a besoin d’aide. Les parents peuvent avoir l’impression qu’ils doivent simplement fournir un effort. Vous êtes la première victime de cet état. Et ça se soigne très bien quand on est bien accompagné. »
A l’occasion des Semaines d’information sur la santé mentale, vous avez choisi de proposer une pièce de théâtre. Comment est né ce projet et pourquoi avoir choisi le théâtre pour parler de ces sujets ?
« J’ai découvert La folle histoire de Madame KGB, de Karine Garayoa-Brière, lors d’une formation auprès de sages-femmes. J’ai été très touchée par cette pièce, qui aborde avec finesse les troubles psychiatriques en période périnatale, l’arrivée du bébé, la place du père et celle des soignants. Et je trouvais justement intéressant de passer par le théâtre pour aborder ces sujets. Moi, je vous le dis avec mes mots, mais je trouvais que c’était beaucoup plus impactant et percutant avec sa pièce. Cela permet de parler de la maladie et de la parentalité, mais aussi de lever les tabous. »