Le7.info

Le7.info

Le mot « plouc », du breton plou, signifie « paroisse », dérivé du latin plebs, le peuple. Oui, Claude Plaire est un homme du peuple. Mais non, il n’a pas d’origine bretonne. Ses racines à lui sont vendéennes. De Triaize très exactement. C’est là que le troisième enfant d’une famille de sept, fils de « paysans », a grandi et décroché son certificat d’études… sans autre perspective que de « partir au service militaire » ou « travailler à la ferme ». Lui a tracé sa propre voie, la troisième. « Quand j’étais ado, je me suis demandé ce que je pourrais faire comme métier. Et l’idée m’est venue de devenir mécanicien dans l’armée de l’Air. Mais pour y aller, il faut s’engager. Et pour s’engager, à l’époque, il fallait avoir 
21 ans… »


Avec le consentement de ses parents, Claude demande et obtient un devancement d’appel. Dérogation accordée. Mais au bureau de recrutement, on lui fait comprendre que ses rêves d’ascension sociale se heurtent à son niveau d’études, insuffisant. Il faut au minimum le brevet élémentaire. L’école de formation de Rochefort s’éloigne. Mais un nouveau coup de pouce du destin va lui être favorable. « Pour la première année, l'école de mécaniciens de Rochefort organisait des tests psychotechniques. Et le commandant qui dirigeait les futurs mécaniciens a compulsé mon dossier et les résultats de tests psychotechniques et m’a dit qu’il allait faire une exception ! » Six mois à Nîmes en préformation, avec les félicitations de ses instructeurs, et le voilà de retour en Charente-Maritime. 


Quinze jours au « trou »

Dans son livre De plouc à prof, destiné à « dire des choses à mes enfants et à mes petits-enfants qu’ils ne connaissaient pas », l’octogénaire raconte son séjour en prison. « Comme Sarkozy ! » Une sombre histoire de permission non accordée dont le jeune stagiaire s’affranchit avec un faux. « Pour partir le week-end de l’école, il fallait avoir 12 de 
moyenne aux interrogations de la semaine. Mais au moment de partir, le sergent me bloque alors que je n’avais pas eu une seule note en dessous de 12 ! » Il est finalement parti en loucedé mais l’a payé d’un court séjour derrière les barreaux. Quinze jours au « trou » qui ne l’ont pas empêché d’obtenir son diplôme et d’être affecté sur la base de Cognac. On est au début des années 60, le 
mécano rêve de s’occuper des avions les plus modernes de la flotte. Hélas, on l’affecte avec d’autres à l’entretien des B26, « des vieux bombardiers utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale ». Un début de carrière pas à son goût… 


« Je me suis 
retrouvé dans 
le Sud-Algérois, j’ai d’ailleurs failli sauter sur une mine… »

Deux ans après sa nomination sur la base aérienne de Cognac, Claude Plaire a le choix : prolonger dans l’armée ou s’offrir une nouvelle vie professionnelle qu’il envisage dans la gendarmerie. Direction l’Algérie où les bruits de bottes sont assourdissants. A Sidi Bel Abbès, le jeune officier obtient de très bonnes notes, passeport supposé pour un retour en Métropole. Raté. « Le capitaine de La Rochelambert, originaire de la Vienne, nous a annoncé que tous les Métropolitains seraient affectés en Algérie. Je me suis retrouvé dans le Sud-Algérois, j’ai d’ailleurs failli sauter sur une mine… » Ses connaissances en mécanique aérienne l’extraient de sa première affectation. Il réussit à se faire muter sur la base de Chéraga, près d’Alger, où un officier mécanicien a besoin d’un coup de main. Le hic, c’est que ses qualifications dans l’armée de l’Air ne suffisent pas dans l’autre arme, la Terre. Quelques allers-retours en Métropole suffiront pour qu’il décroche le brevet ad hoc. Puis vient l’indépendance et le retour, définitif, en France, sur la base de Satory, en région parisienne. 


Des valeurs 
à transmettre

La région parisienne, la Guadeloupe, Limoges, la côte Atlantique… Les hélicos de la gendarmerie l’ont fait voyager, au sens premier comme au sens figuré. Il se souvient de « quelques missions périlleuses ». Il a quitté la gendarmerie en 1973 pour « retourner dans le civil » et trouver un job plus conventionnel. Son boulot de chef d’atelier dans une usine à Thouars ne lui aura pas laissé un souvenir impérissable. Et alors qu’il s’apprête à devenir moniteur d’auto-école à Parthenay, le Vendéen se voit proposer un poste… à Angoulême, où une formation de conducteur routier va ouvrir. « Mais huit jours avant d’y aller, j’ai reçu mon affectation au lycée d’enseignement technique Réaumur de Poitiers. J’ai pensé qu’il y avait un problème. » Monsieur le professeur restera finalement vingt-quatre ans à Nelson-Mandela (nouveau nom du lycée, ndlr), avant de cesser son activité d’enseignement pour des problèmes d’audition. 


De cette riche vie professionnelle, le père et grand-père a tiré plusieurs enseignements qu’il souhaite transmettre : le courage, le travail et la persévérance peuvent faire naître toutes les vocations, « quel que soit son milieu social ». Plouc, vraiment ?

À lire aussi ...