Dissonance

Olivier Pouvreau vous embarque cette saison au plus près du vivant, dans un univers qu’il affectionne tant.

Le7.info

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Quand on passe du temps à observer la faune et la flore, mais aussi quand on aime simplement se retrouver dans des lieux « dépaysants », on cherche peut-être à vivre un moment rare :
s’imaginer instinctivement dans un monde sans hommes. L’observateur attentif aux ambiances de nature, à la forme des plantes, au comportement des bêtes, chercherait à retrouver une sorte de « monde vierge », primitif, sans marques de la civilisation moderne. Serait-ce là une forme de misanthropie détestable pratiquée par des romantiques en chaussures de randonnée ? Où ne serait-ce pas là davantage une réaction à l’oppression que l’homme occidental moderne fait subir à la nature ? Traffic routier incessant, pollution massive, artificialisation délirante des sols, extractivisme illimité des matières premières, banalisation obscène des paysages… Ces nuisances ne donnent-elles pas envie de mettre les voiles vers le sauvage, le spontané, le naturel ? Si cette hypothèse est juste, il faut cependant reconnaître une autre réalité : 
si nous désirons nous retirer dans la nature, nous aspirons aussi au confort moderne, technologique, infrastructurel, ingénieux. Nos sacro-saints smartphones, nos autoroutes pratiques et sécurisées. Ainsi, notre milieu de vie idéal forme en réalité un agencement de deux milieux, urbain et rural, artificiel et naturel. Le problème est que le milieu urbain, civilisé, aménagé, se développe depuis des décennies au détriment de la nature. Voilà une belle contradiction, un beau paradoxe : nous cautionnons un monde « civilisé »
qui détruit la nature que nous cautionnons aussi. Alors je vous pose ces questions : connaissez-vous une autre espèce qui générerait et détruirait en même temps son propre milieu ? Qui balancerait entre l’attachement et la fuite de ses conditions de vie ?

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