Aujourd'hui
Parce qu’il n’a « pas des yeux dans le dos », il regarde résolument vers l’avenir. Après tout, son père a vécu jusqu’à 98 ans, sa tante 104... Bon sang ne saurait mentir, Bruno Chiati est promis à un bel avenir d’écrivain ! Il vient de « commettre » L’Otan, ce tigre de papier, un essai sur l’impuissance occidentale à l’heure de la résurrection des superpuissances. Un « petit bouquin pour que les gens puissent comprendre et, surtout, retenir les faits. » « Quand vous connaissez l'histoire, les mentalités et les intérêts, abonde le Saint-Savinois d’adoption, vous pouvez arriver à décrypter le futur. » L’auteur du Lent déclin des démocraties occidentales et de Etats-Unis/Russie, je t’aime moi non plus aime la géopolitique, mais pas que.
S’il ne regarde pas souvent dans le rétro, l’ancien patron du restaurant montmorillonnais L’Auberge « In » consent à faire une exception. Car son existence ressemble d’assez près à un roman d’aventures. Au pluriel s’il vous plaît. Tout aurait pu s’arrêter en 1982. Il court à l’époque en rallye automobile, entre France et Belgique. Un jour d’octobre, pour éviter « deux gars ivres qui cherchaient une discothèque » à Versailles, il donne un coup de volant qui envoie la bagnole dans un arbre, puis un second. Trois semaines de coma, une très grosse frayeur et « des rencontres, comment dire, paranormales ».
Tout aurait aussi pu s’arrêter en 2017. Le chef cuisinier tombe gravement malade, ses constantes sont mauvaises. Des quintes de toux l’étourdissent au point de lui provoquer « des malaises ». « Une forme de Covid avant l’heure », estime-t-il aujourd’hui, qu’un traitement expérimental lui a permis de surmonter. La fin, aussi, d’une carrière professionnelle aux fourneaux riche de trois décennies et deux pays. Le fils d’assistant contrôleur de gestion et d’employée de banque a toujours eu le goût du voyage, des rencontres et d’une certaine forme de liberté. Celle que lui a procurée son enfance, entre Le Mans et, « trois mois de l’année », Poggio-di-Nazza, sur les terres familiales corses. « Là-bas, j’étais une sorte de Robinson Crusoé, je pêchais la truite à la main, j’allais de cascade en cascade... Un jour, mon fils m’a dit qu’il aurait aimé être un enfant avec moi. Cette phrase m’a marqué », ajoute le père de deux grands enfants (42 et 40 ans).
Au fond, Bruno Chiari n’a jamais vraiment rêvé de devenir expert-comptable, pas plus informaticien. Les circonstances... Gamin, le footeux aurait aimé embrasser une carrière professionnelle. Les recruteurs du FC Sochaux sont même venus frapper à la porte de la maison familiale. Mais son paternel « a dit non » et le minot est passé à autre chose, après une parenthèse de « quelques matchs en Espagne », en parallèle de son premier job de chef comptable au sein du groupe Continent. L’aventure aura tourné court, par choix cette fois-ci. Des chiffres, Bruno Chiari est passé à l’informatique avec des passages dans quelques grosses entreprises, comme Havas ou Cacharel, puis à la cuisine. Avant de s’envoler vers Minneapolis, en 2000, pour des raisons sentimentales, il a contribué à ce que la Coupe du monde de foot 98 soit une grande fête culinaire. L’ancien collaborateur du groupe Accor s’est marié outre-Atlantique, puis a divorcé « neuf mois plus tard ». Il a bossé au Mystic Lake casino, puis en est parti en raison de divergences avec le chef cuisinier français. Jusqu’à trouver, enfin, « un petit truc à reprendre ».
De fil en aiguille, le patron de Caliste and chocolate a fait son trou, au point d’être encensé par une critique culinaire. Il s’est fait repérer par la chambre de commerce de l’Etat, puis a fréquenté le gratin politique, dont le gouverneur démocrate Tim Walz, proche de Kamala Harris. « Quand j’ai vu qu’il était son colistier en 2024 pour l’élection présidentielle, j’étais super content car c’est un mec vraiment bien... » A l’en croire, il aurait pu rester encore longtemps Outre-Atlantique. Mais la mort subite de son futur associé dans un projet de restaurant à Saint-Paul a tout stoppé. « Il avait 37 ans, on a signé les papiers le samedi. Le lundi matin, on m’a annoncé son décès. Il avait deux enfants et sa femme était enceinte de huit mois. Je suis tombé en dépression... »
Retour en France en 2008, « avec deux valises sous le bras » et la volonté de se reconstruire auprès de ses proches, sa fille en tête. Le temps a passé mais du passé Bruno Chiari ne veut pas faire tout à fait table rase. Son blouson à franges, ses santiags et son chapeau atypique témoignent de son amour toujours vivace pour les Etats-Unis. Un pays dont le soutien à l’Ukraine vacille au gré des humeurs de son président. « Par curiosité », le Poitevin d’adoption y a passé plusieurs mois, à Kharkiv, puis Odessa et Kiev. De qui nourrir sa carrière d’écrivain pour encore longtemps.
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