L’avenir du dispositif Asalée est suspendu à une décision de justice. L’association, qui compte près de 2 000 infirmières en France dans la prise en charge des maladies chroniques, est plongée dans l’incertitude.
Troubles du sommeil, crises d’angoisse, anxiété à chaque ouverture de mail. Depuis plusieurs mois, le quotidien des infirmières Asalée s’est transformé en cauchemar. Créé en 2004 dans les Deux-Sèvres, le dispositif Asalée repose sur un modèle de coopération entre médecins généralistes et infirmières. Leur mission : accompagner les patients atteints de maladies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension, à travers l’éducation thérapeutique et la prévention. Les infirmières suivent les patients dans leur quotidien, les aident à mieux comprendre leur maladie, à adapter leur mode de vie et à mieux gérer leurs traitements.
Plus de salaire
depuis février
Mais depuis plusieurs mois, l’équilibre du dispositif vacille. À l’origine de cette crise, les relations se sont fortement dégradées entre l’association et son principal financeur. La Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), qui assure l’essentiel du financement, a suspendu le versement de sa subvention annuelle, estimée à près de 100M€. Une décision qui fragilise directement le réseau -en cessation de paiement- et laisse de nombreuses infirmières sans rémunération depuis février. Cette suspension intervient après la publication, en juillet dernier, d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, commandé par Catherine Vautrin, ex-ministre de la Santé. S’il ne remet pas en cause l’intérêt du dispositif, le rapport pointe plusieurs dysfonctionnements : une gouvernance jugée fragile et un manque de transparence administrative. « C’est le prétexte trouvé pour nous liquider, estime Christelle Fourneau, infirmière dans la Vienne et membre du conseil d’administration. Nous ne sommes pas dans une logique de rendement comme le voudrait aujourd’hui le système de santé. La pierre angulaire de notre organisation, c’est le temps… et cela dérange. »
Une utilité avérée
Dans de nombreux territoires déjà confrontés à la pénurie de médecins, les infirmières Asalée jouent un rôle de relais essentiel entre l’hôpital, les cabinets médicaux et le suivi à domicile. « Des rapports ont démontré l’efficience du dispositif dans l’accompagnement des patients », souligne Marie Aranda. Sur le terrain, la praticienne observe des effets concrets : « Notre travail se fait dans le quotidien du patient, chez lui, dans son environnement. On constate souvent une diminution des effets indésirables des traitements et une reprise de l’activité physique. » Au-delà de l’avenir des soignants, ce sont donc les patients qui pourraient être les premiers touchés par une éventuelle disparition du dispositif. « Nous avons gagné la confiance de certains d’entre eux. Sans ce suivi, on ne sait pas comment évolueront ceux que nous accompagnions », conclut-elle.