Elles sont les grandes oubliées des récits agricoles et des représentations modernes du monde paysan. Avec son podcast Costaude, Joséphine Roux choisit de donner la parole aux agricultrices.

Pierre Bujeau

Le7.info

La Ferme des Bertrand, Normandie nue ou encore Rural (Le 7 n°714). Tous ces films et documentaires ont un point commun. Chacun, à sa manière, place son sujet au cœur des préoccupations agricoles contemporaines. Pourtant, tous occultent une réalité : celle des femmes. Elles sont cheffes d’exploitation, conjointes collaboratrices, salariées agricoles, éleveuses, maraîchères, viticultrices. Mais leurs voix restent en retrait dans les représentations d’un monde agricole encore largement raconté au masculin. C’est précisément cette voix que le podcast Costaude entend porter. À l’origine de cette initiative, Joséphine Roux. Fille et sœur d’agriculteurs, ingénieure agronome de formation, elle connaît intimement ce milieu. Au fil des années de ses rencontres avec les champs en filigrane, un constat s’impose : 
« Les femmes sont partout dans les fermes, mais nulle part à l’écran. » De cette « colère » naît l’idée de la création de ce projet sonore.


Une rencontre à l’origine

En arpentant les allées du Salon de l’agriculture trois ans en arrière, Joséphine rencontre Paule, ancienne éleveuse de chèvres dans la Drôme. La conversation s’engage, dense, sincère et inspire la podcasteuse... Paule raconte son travail auprès des bêtes, sa passion du métier. Mais elle évoque aussi les épreuves, notamment des violences conjugales qui ont bouleversé sa vie. Dans l’esprit de Joséphine, le premier épisode de Costaude vient de naître. Reste à lui donner corps. Pour concrétiser son projet, elle peut compter sur le soutien de l’association Poitcast et de son dispositif Première piste. L’association rassemble des passionnés de création et d’expérimentation sonore sur le territoire poitevin, accompagne l’écriture, le tournage et la postproduction. Le deuxième épisode est actuellement en cours de montage. On y entendra Christine, éleveuse vendéenne, première agricultrice du département à avoir obtenu le statut d’entreprise agricole à responsabilité limitée. Des séances d’écoute collectives sont organisées dans des lycées agricoles et le seront également lors de la sortie des prochains épisodes. « Une manière de prolonger la parole, de créer l’échange et, surtout, de redonner toute leur place à celles qu’on a trop longtemps oubliées. »

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