Ramzi Abou Ayache est installé à Dubaï depuis quatorze ans. L’ancien médecin du CHU de Poitiers assiste, incrédule, à la contagion qui secoue l’Iran et les Emirats arabes unis depuis le 28 février. Il n’est pas le seul, là-bas et ici.
La communauté iranienne de Poitiers a réagi avec joie à la mort du guide suprême Ali Khamenei, samedi 28 février, au premier jour de l’offensive américano-israélienne en Iran. A l’image de Mahyar Monshipour, qui a porté la voix de la diaspora dans les médias. « On est heureux, rien ne se serait passé pendant des dizaines d’années sans l’intervention d’Israël et des Etats-Unis », a martelé le sextuple champion du monde de boxe. Sauf que la guerre déclenchée par les deux alliés a entraîné dans la foulée des attaques du régime de Téhéran partout dans la région. Installé à Dubaï depuis quatorze ans, Ramzi Abou Ayache témoigne d’une situation complexe sur place. « On ne s’attendait pas à une telle réaction de l’Iran. Le premier jour, on a vu des centaines de missiles et de drones dans le ciel, détruits mais dont les débris retombent au sol. Le système de défense est incroyable, heureusement… »
L’ancien néphrologue du CHU de Poitiers reconnaît « une anxiété permanente », notamment chez « des personnes dont c’est la première expérience de confinement ». « Le stress est lié aux détonations. Mais le gouvernement a pris des mesures fortes, comme le télétravail et l’école à la maison. » Le Français poursuit son activité au Mediclinic City Hospital, comme si de rien n’était ou presque et n’envisage pas de quitter ce confetti très cosmopolite des Emirats arabes unis. A moins que… « Si je pars, c’est parce que je serai évacué par l’Etat français. Mais pour l’instant, on ne connaît pas la durée du conflit. »
« Pas d’inquiétude »
Stéphane Morin, lui, vit à Abou Dhabi depuis onze ans, où il travaille dans un centre de recherche de la compagnie pétrolière Adnoc. Le Poitevin a quitté son port d’attache la veille des premières frappes et attendait, en milieu de semaine dernière, un vol pour y repartir. Sans anxiété excessive. « Pour les Emirats arabes unis, c’est une situation assez exceptionnelle à laquelle on ne s’attendait pas du tout, commente-t-il. Mais il n’y a pas d’inquiétude, hormis quelques booms et un peu de stress lié aux alertes. Mais ma femme était dans un mall hier (mercredi, ndlr) et il était plein… »
« On est fatigués »
Si Stéphane Morin ne s’inquiète pas pour l’avenir, Elsa se montre beaucoup plus résignée. La Libanaise de 33 ans vit et travaille à Poitiers depuis trois ans. Loin du fief familial de Jounieh, au nord du pays, mais très proche des turpitudes vécues par son pays. Des dizaines de villages du Sud ont reçu l’ordre d’évacuer et Israël a mené des attaques sur des territoires contrôlés par le Hezbollah ainsi qu'à Beyrouth. « On est un peu fatigués de la situation, souffle la jeune femme. On savait que l’Iran ne bombarderait pas le Liban, mais les Israéliens ont trouvé ce prétexte pour frapper. » Sa sœur Sarah, qui travaille à Dubaï comme styliste, se trouve aujourd’hui en France, dans l’attente d'un vol. « Est-ce qu’un jour on va pouvoir repartir et construire quelque chose là-bas ? »,
conclut Elsa.
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