Eric Guillet : « On est émus à chaque fois qu’on en parle »

Quatrième volet de notre série sur le don d’organes avec Eric Guillet. Cet habitant de Valdivienne a bénéficié de deux greffes de rein à presque dix-huit ans d’intervalle. Dont la deuxième avec un organe donné par son frère Alain. « Je sais ce que je lui dois. »

Arnault Varanne

Le7.info

La maladie
« A 21 ans, un matin, je me réveille avec les jambes gonflées et le visage bouffi. Je vais chez mon médecin qui me fait faire une prise de sang et des analyses d’urine... et m’envoie vers le CHU, au service de néphrologie. Et là, tout s’est enchaîné. J’ai eu deux premiers traitements qui n’ont pas fonctionné. Il faut se souvenir que les premières greffes de rein n’ont eu lieu en France qu’en 1986. On était un an après seulement. »

Vivre « avec une insuffisance »
« J’ai profité d’un premier protocole à base de ciclosporine A. La maladie a régressé, j’étais en rémission... mais j’ai rechuté très rapidement après l’arrêt du traitement. Les médecins avaient peur, en cas de greffe, que le greffon soit rejeté. On m’a donc indiqué qu’une dialyse serait nécessaire pendant au moins trois ans. Mais il y en a plusieurs types : l’hémodialyse, où l’on pompe le sang, on l’injecte dans une machine avant de le restituer au corps, quatre heures trois fois par semaine. Et il y a un autre principe : la dialyse péritonéale. Cela reproduit un peu l’effet du rein, on est autonome. Je me souviens être parti à moto avec ma poche, mon chauffe-poche et mon pied. J’étais libre. »

« On prend conscience 
que quelqu’un 
est décédé, 
du poids que 
ça représente. »

Maladie et travail
« J’ai vécu des périodes assez compliquées, avec un mal-être profond pendant deux ans. Quand on dit qu’on est dialysé... J’ai finalement eu une opportunité à Nogent-sur-Seine, dans une centrale nucléaire. Mais ma santé était assez précaire. Je buvais un verre d’eau par jour, je n’urinais plus, je dormais trois heures par nuit... Le tout avec un régime sans potassium, sans sel ni phosphore. Ça a duré huit ans et demi, jusqu’à ce qu’un médecin remplaçant, à Provins, me propose une hémodialyse en plus par semaine. Cela m’a bien rééquilibré. Avec du recul, je tire un grand coup de chapeau à ma femme de m’avoir supporté. En obtenant ma mutation vers Civaux en 1997, j’ai encore changé de traitement, je suis passé à une dialyse péritonéale la nuit, pendant neuf heures. »

La première greffe

« Est arrivé un jour où le bip a sonné, en avril 1999. Ma fille avait 1 mois, ma femme organisait un pot dans son école pour sa naissance. Ça a été une libération et, en même temps, on prend conscience que quelqu’un est décédé, du poids que ça représente. L’opération s’est bien passée, même si les traitements à suivre ont tous des effets secondaires. En décembre, j’ai eu des problèmes intestinaux jusqu’en avril 2000 où j’ai été opéré. J’ai beaucoup souffert, jusqu’à être en rejet chronique. Heureusement, l’adaptation du traitement m’a ensuite permis de tenir dix-huit ans et demi ! Et donc d’avoir une vie normale, un régime plus allégé, de retrouver de l’énergie... »

« Ce qu’il a fait, c’est incroyable. »

La seconde greffe
« Je suis issu d’une grande famille de six enfants (sa sœur aînée est décédée, ndlr). Déjà, en 1999, mon frère Alain m’avait proposé de me donner un rein. Mais j’avais refusé, c’était très douloureux pour le donneur, plus que pour le greffé. En 2017, j’étais prêt. Alain était celui avec lequel j’étais le plus compatible. Il a dû se soumettre à beaucoup d’examens médicaux (dermatologiques, dentaires...), rencontrer un comité d’éthique. La loi est très protectrice pour les donneurs vivants. La greffe est intervenue le 14 décembre 2017. On était dans le même service, on a dîné et regardé un film ensemble la veille. Et voilà... Je vis bien depuis huit ans, lui est un peu plus fatigué quand il fait la fête (rire) mais va bien aussi. Ce qu’il a fait, c’est incroyable. Je l’appelle mon Père Noël. On est émus à chaque fois qu’on en parle. On a toujours été assez proches, mais depuis il y a un p’tit truc en plus !
Je sais ce que je lui dois. »
 

« Je dois bien ça au CHU »
Jeune retraité depuis un an et son départ de la centrale de civaux -il a terminé sa carrière comme responsable sous-projets pluriannuels, Eric Guillet est patient partenaire au CHU de Poitiers. « Je témoigne de mon parcours, j’explique tout le parcours aux futurs greffés. Je dois bien ça au CHU qui m’a soigné depuis trente-neuf ans », ajoute le père de quatre d enfants, qui intervient aussi auprès des futurs infirmiers et ambulanciers. Ce passionné de marche nordique donne par ailleurs de son temps à France Adot 86.

Greffe d’organes : un carrefour de la santé jeudi
L’Espace Mendès-France, à Poitiers, accueille jeudi, de 18h30 à 20h, une conférence sur le thème « Greffe d’organes : innovation et défis pour demain ». Le Pr Thomas Kerforne, anesthésiste-réanimateur et coordonnateur du don d’organes et de tissus, exposera les avancées en matière d’évaluation des greffons. Le Dr Clara Steichen, biologiste au service de biochimie et membre du laboratoire Inserm U1313, présentera ses travaux sur la thérapie cellulaire. Quant au Dr Pierre-Olivier Delpech, chirurgien urologue, il expliquera comment la chirurgie assistée par robot (Da Vinci) améliore la précision des interventions. Entrée libre.

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