Le droit de respirer

Le Regard de la semaine est signé Ferdaws Choukchou.

Le7.info

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La charge mentale, on en parle beaucoup mais on ne réalise pas toujours ce que ça veut dire. Ce n’est pas juste être fatigué. C’est avoir la tête pleine du matin au soir, penser à tout, tout le temps, même quand on est censé se poser. C’est se réveiller déjà épuisé, penser aux rendez-vous, aux choses à ne pas oublier, aux problèmes à régler plus tard. Avoir mille onglets ouverts dans la tête, sans jamais réussir à tous les fermer. Le plus dur n’est pas seulement de faire, c’est de penser à tout, tout le temps. Pour soi, pour les autres, et faire comme si c’était normal. Alors on continue, on tient, on répond « ça va » parce qu’on n’a pas le temps d’expliquer, ou parce qu’on ne saurait même pas par où commencer. Et puis un jour, on sent que ça déborde. On devient irritable, fatigué, moins patient. On culpabilise aussi, en se disant qu’on devrait y arriver.

Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas un manque de capacité. C’était un trop-plein. Un trop-plein alimenté aussi par cette impression d’être toujours connecté, toujours sollicité, toujours disponible. Les réseaux sociaux n’aident pas. On les ouvre sans y penser, on y passe du temps sans s’en rendre compte. On regarde, on compare, on scrolle. Et même quand on pose le téléphone, la tête continue de tourner. Ce qui devait être une pause devient encore une source de bruit.

Alors j’essaie de faire autrement. Pas parfaitement. Pas tous les jours. Mais autrement. Par exemple, le dimanche, j’essaie de poser mon téléphone et de profiter de moments simples avec ma petite famille. Ça m’arrive même de désinstaller certaines applications, comme Instagram. En voyant récemment ce trend où tout le monde partage ses photos de 2016, j’ai réalisé quelque chose : c’est peut-être à ce moment-là que les réseaux sociaux ont commencé à prendre trop de place dans notre quotidien.

J’essaie aussi de lire. Un roman, une fiction. Pas un livre pour apprendre, ni du développement personnel. Juste une histoire qui m’emmène ailleurs. Lire, c’est l’un des rares moments où mon cerveau fait une vraie pause. Ce ne sont pas des solutions miracles. La charge mentale ne disparaît pas comme ça. Mais elle s’allège quand on accepte de ne pas être disponible tout le temps, quand on s’autorise à décrocher sans culpabiliser. J’ai compris une chose essentielle : à force de tout porter, on finit par s’épuiser. Et prendre soin de soi, ce n’est pas fuir ses responsabilités. C’est se donner la possibilité de continuer, sans s’épuiser. On n’est pas obligé de tout gérer parfaitement. On peut juste faire de son mieux, et se donner le droit de respirer.

CV express
A 16 ans, j’ai intégré l’université en pensant suivre les traces de mon père en chimie, mais ce n’était pas ma voie. Après un passage par le génie civil puis des études en kinésithérapie, j’ai vécu une belle parenthèse consacrée à la maternité avec mes jumelles et mon petit garçon, nés à dix-sept mois d’écart. En 2017, avec mon conjoint, nous avons créé Medicalife à Poitiers, une entreprise spécialisée dans le matériel médical et orthopédique.

J’aime : les samedis soir avec mon mari et mes enfants, à rire devant la série Malcolm en dégustant nos pizzas maison, la Méditerranée et ses couchers de soleil, voyager pour découvrir de nouvelles cultures, créer des projets qui ont du sens et partager des moments simples avec ceux que j’aime.

J’aime pas : les turbulences en avion, le sucre-salé et les sports de combat.

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