Le Regard de la semaine est signé Philippe Bouteiller.
Ah, mon Georges ! Savais-tu que dans notre belle capitale pictave existe un vieux quartier dénommé Montierneuf ? À vrai dire, peu de gens le connaissent, car il est fort discret et sait se faire oublier. Il couvre le bas du coteau nord et s’étend dans une boucle du Clain. Ici, pas de maisons bourgeoises, mais de modestes bâtisses autour de rues étroites qui, toutes, aboutissent à une jolie petite place, si petite qu’on a pu y planter que trois arbres contraints en grandissant de se fondre en une seule masse verte.
J’ai vécu là tout près, durant plus de quinze ans, et pu goûter au charme et à la quiétude de ce lieu. Dans un coin, presque à l’abri des regards, se cache un joyau. Il faut passer entre deux piliers d’un portail portant une croix, emprunter un corridor, franchir une modeste esplanade garnie de tilleuls pour enfin découvrir le bel édifice. L’ancienne église abbatiale est là depuis près de mille ans, montre une façade austère de moellons de pierres percée d’un sobre portail à fronton. De ce côté-là, elle est peu attirante, comparée aux sublimes ornements et tympans des devantures de ses sœurs poitevines. On pourrait croire qu’elle boude, qu’elle garde rancœur d’avoir perdu son statut d’abbatiale, d’avoir été démembrée, d’être peu visible et plutôt délaissée. Mais c’est ce qui fait son charme. Il faut en faire le tour, prendre l’étroit passage sinueux sur son flanc nord qui débouche sur une prairie. De là, la belle découvre ses trésors, son côté roman tout en rondeur abritant le chœur et les chapelles rayonnantes, ses deux clochetons et son abside gothique soutenue par d’élégants arcs-boutants. D’ici, elle resplendit, encore plus lorsqu’un rayon de soleil du soir se prend dans ses membrures et ses gargouilles.
L’église Montierneuf est à l’image de Poitiers, elle cultive un côté « cour », caché, secret et un côté « jardin » qui s’offre généreusement aux passants. La ville s’entasse depuis des siècles sur son éminence dominant les deux vallées qui l’enserrent, gardant jalousement les trésors enfouis ou à peine visibles des peuples qui se sont succédé. Comme partout, la vie est plus forte et la modernité recouvre l’histoire sans en effacer les traces.
Il fait bon vivre à Poitiers. Sur un passé profondément enraciné, elle offre toutes les infrastructures bien actuelles d’une ville moyenne. Que ceux qui égratignent son image, la conspuent parfois, fassent l’expérience de s’y arrêter et de mieux la connaître. Ils seront, j’en suis sûr, séduits.
CV express
Dirigeant d’entreprise durant trente ans, j’ai créé, géré et développé la première société française de conseil en agriculture et en environnement. Retiré depuis 2019 des affaires, j’occupe mon temps libre entre le jardinage, la peinture et l'écriture. J’ai écrit quatre livres dont trois romans (Les Blondel, L’Esquinté, Le froc et la brique), et un recueil de chroniques, « Ah, mon Georges ! ».
J’aime : passer du temps dans mon jardin, écouter les histoires des gens, dévorer des oursons à la guimauve, faire la cuisine, déguster un bon vin, écrire et peindre.
J’aime pas : les conflits stériles, les endives cuites, la foule, l’orage.