Compagnons : l’école de la vie

Pendant plus de sept ans, elle a sillonné la France et ses ateliers de taille de pierre en quête d’exigence et d’aventure humaine. Aujourd’hui, Flora Barozzi a posé ses valises à Poitiers pour prendre la tête des Compagnons du Devoir.

Pierre Bujeau

Le7.info

Fraternité, solidarité et exigence. Trois mots qui n’auront pas la prétention de résumer à eux seuls l’aventure vécue par Flora Barozzi mais choisis par la principale intéressée pour évoquer les Compagnons du Devoir. L’association ouvrière a fait d’elle une « prévôt » 
à ses 25 ans, soit la maîtresse de maison des compagnons logeant 60 apprenants. Qu’importe l’âge quand les épaules peuvent endosser les responsabilités. Petite, Flora ignorait dans quelle branche se lancer. Ses Vosges natales auraient pu la prédestiner au travail du bois, mais c’est bien dans la taille de pierre qu’elle s’est révélée. À 
14 ans, une simple journée d’observation bouleverse pourtant la trajectoire. « Je ne l’explique pas vraiment. » Flora sait pertinemment qu’elle ne s'épanouira pas dans un boulot de bureau. Non, il lui faut bouger, toucher, apprendre, comprendre. Après un bac professionnel métiers de la pierre, elle découvre presque par hasard les Compagnons. Quelques reportages aperçus le dimanche, l’intuition d’une vie plus vaste. « Je ne connaissais rien à leur histoire mais je voulais du changement. » 
Alors, elle part. Strasbourg. La Rochelle. Nîmes. Tous les sept mois, une ville nouvelle. Une pierre différente. Une équipe à apprivoiser. Recommencer sans cesse. Se défaire des habitudes. Au fil des ateliers, le geste s’affine ; 
au fil des rencontres, le caractère se forge.

Exigence

Être compagnon, c’est accepter l’exigence. Les journées commencent à l’atelier, se poursuivent en entreprise et s’achèvent souvent en cours du soir. L’effort est constant. À la fin de son parcours, chaque apprenant doit présenter son chef-d’œuvre, pièce manifeste de son savoir-faire. « On le travaille en dehors du temps de l’entreprise. C’est un engagement total. » Pour Flora, ce fut une lampe monumentale : 1,50m de 
haut, 80cm de diamètre, 
939 heures de patience. Une œuvre de pierre et de lumière, exposée à l’Abbaye de Fontevraud pendant dix ans. Aujourd’hui, son burin se fait plus discret. L’heure est venue de transmettre. Non pas en entreprise comme d’autres de ses compagnons de route, mais au sein même de la maison qui l’a vue grandir. « J’ai le sentiment de devoir transmettre ce que l’on m’a donné. » À Poitiers, Flora veille désormais sur celles et ceux qui prendront, à leur tour, la route vers l’apprentissage.

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