Que faire des reliques ?

Olivier Pouvreau nous livre un nouveau récit piquant de ses Carnets de nature.

Le7.info

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Dans son film Le chant des forêts, Vincent Munier dévoile au grand public l’existence du grand tétras, oiseau mythique de la famille des gallinacés apparu à l’ère glaciaire, menacé par le réchauffement climatique et les activités humaines. En tant que survivante du passé, cette espèce est qualifiée de « relique ». Son archaïsme, les conditions difficiles de son observation et l’allure originale du mâle lui confèrent un statut de légende vivante. Ajoutons encore le spectaculaire de sa parade nuptiale : pour courtiser les poules et marquer son territoire, le coq déploie sa queue en éventail, dresse son cou et émet une sorte de caquètement guttural très étrange. Magnifiquement préhistorique, mais pour combien de temps ? En face, on peut lui opposer un autre genre de relique. Il s’agit d’un type d’homme hérité des siècles passés, très en retard sur les nécessités du monde. Considérons le plus notoire, gesticulant, à mèche blonde, super-médiatisé. Sa rengaine s’intitule « extractivisme », disposition mentale qui revient à vouloir épuiser les ressources naturelles et à entraîner la disparition des espèces reliques sensibles à la montée du mercure. Son mot d’ordre reviendrait à dire : « toujours plus de pétrole, toujours plus de CO2, toujours moins de grand tétras ». Un jour peut-être, on fera le bilan, on soupèsera le laid violent et le beau sauvage et on verra où ça penche. Pour l’instant, les vieilles reliques bouffies et leurs reliquaires d‘amis poussiéreux violentent le monde. Comme elles sont encore d’actualité et qu’il faut bien composer avec elles, que faire ? Passer à autre chose, par fatigue, parce qu’on les a assez vues, parce qu’elles ne mènent qu’au chaos. Et s’atteler à conserver les autres reliques pour leur splendeur, tel le grand tétras, qui ne gêne personne depuis le Paléolithique.

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