Xavier Houmeau, magicien dans l'âme

Xavier Houmeau. 45 ans. Magicien professionnel. Ancien imprimeur et éducateur technique spécialisé. Artisan des émotions et de l’illusion. Père d’une fillette de 7 ans. Signe particulier : exerce le métier de ses rêves.

Arnault Varanne

Le7.info

C’était l’autre soir, au CHU de Poitiers. Un colloque de chercheurs français réunis autour des questions liées à la douleur en milieu hospitalier. Et un magicien qui apparaît, sur scène, pour détendre l’atmosphère. Au menu : des rires, bien sûr, mais aussi quelques larmes nées d’un numéro de mentalisme « où je demande aux personnes de penser à des proches qu’elles n’ont pas vus depuis longtemps ou qui ont disparu… » Emotions garanties et « contrat rempli » pour Xavier Houmeau. Le magicien poitevin attaque sa troisième saison à plein temps dans le costume de maître de cérémonie, homme-orchestre des grandes illusions. L’aboutissement d’une passion intime de vingt ans, d’une reconversion réussie aussi. « La magie, ça prend beaucoup, beaucoup de place dans ma vie. Soit je m'entraîne, soit je réfléchis, soit j'écris, soit je regarde, soit je lis… »

Gamin, le natif de Mougon -Aigondigné aujourd’hui- s’est d’abord rêvé en dessinateur de BD, biberonné à l’école du trait de crayon franco-belge. Le fils d’aide-soignante et d’imprimeur attendait patiemment « le jour de paye » synonyme d’achat de nouveaux albums, Lucky Luke en tête. « Un jour de fête ! » Il a aussi dévoré les Pif et Hercule chez sa grand-mère, « fasciné » par cet univers en forme d’échappatoire. Issu de la « classe moyenne fourchette basse », le minot deux-sévrien conserve des souvenirs impérissables de son enfance dans le pays mellois, « à faire les c… avec les copains à vélo », libre. « Pas une flèche à l’école », 
Xavier a rapidement rangé ses rêves d’artiste dans le tiroir pour embrasser une carrière… d’imprimeur. « Par mimétisme », juge-t-il aujourd’hui.

Virage

BEP, bac pro puis BTS de la spécialité en poche, le jeune adulte gagne sa vie en imprimant les docs des autres et s’achète du même coup autant de BD qu’il le souhaite. Avec du recul, le Poitevin reconnaît avoir « beaucoup appris », de la gestion clientèle aux plannings, de la production à la négociation des prix, en Indre-et-Loire, dans les Deux-Sèvres, la Vienne… Jusqu’à l’épuisement. « A un moment donné, ça ne m’a plus convenu... J’étais au bord du burn-out, il fallait que je fasse autre chose. » Avec une grande sœur handicapée, Xavier cultive un rapport particulier à la différence. Il effectue plusieurs remplacements et stages dans des foyers d’accueil poitevins, avec en tête l’idée de passer les concours de l’Institut régional du travail social.

« Je crois que dans un monde qui ne va pas bien, on a 
besoin d’un peu de magie… »

« J’ai choisi de faire une école d’éducateur technique spécialisé pour intervenir au niveau de la vie professionnelle », précise l’intéressé. En sortant de son cursus de formation, il postule « au culot » à l’hôpital Laborit pour un poste d’encadrant à l’imprimerie de l’Esat Essor. Douze à treize ans d’une longue parenthèse « super enrichissante » aux côtés de personnes « pas en capacité de retourner en milieu ordinaire ». Xavier Houmeau a encore vécu deux autres expériences entre handicap et imprimerie, jusqu’au grand saut professionnel. Avec zéro plan B en tête, à la quarantaine naissante. Même pas 
peur ! Le père de Rose (7 ans) n’a pas transformé le plomb en or, mais s’approche quand même de son Graal. Depuis deux ans, le mentaliste officie même à la très réputée Maison de la magie de Blois. « Je crois que dans un monde qui ne va pas bien, on a besoin d’un peu de magie… Moi, je n’ai plus l’impression de travailler. Ce n’est pas une chance parce que je l’ai provoquée. Mais c’est un luxe. »

Dans les moments difficiles, comme le décès de son père il y a sept ans, il « accepte les choses et essaie d’en tirer le positif ». « Aller dans le négatif, ça ne demande pas d’efforts. » Dans ses rêves les plus fous, il aimerait créer son propre spectacle de mentalisme, organiser une tournée. Et pourquoi pas y associer une histoire autour de la BD. « J’y travaille, j’y travaille ! »

Têtu et gourmand

En attendant de monter sur scène et d’organiser une tournée, Xavier Houmeau continue de mener sa barque d’intermittent du spectacle. Car la magie reste une discipline artistique soumise aux contraintes économiques et au désir des autres. Raison de plus pour redoubler d’efforts et s’entraîner, avec « Rose comme cobaye de mes tours ». Loin d’un monde qui « l’effraie » par sa « haine » et sa « violence », le petit artisan de l’illusion se raccroche à ce qui l’entoure, sa fille donc, son « amoureuse », ses amis. Le monde d’Edena de Moebius figure en bonne place sur sa table de chevet. Celui qui se considère comme « tolérant et à l’écoute » mais aussi 
« gourmand et têtu » explore la palette des sentiments chez ses contemporains avec un appétit insatiable.

DR Soleil d'encre

À lire aussi ...