Iryna Bremond, le tennis de Minsk à Poitiers

Iryna Bremond. 41 ans. Née à Minsk, en Biélorussie. Poitevine d’adoption. Ex-tenniswoman professionnelle. Devenue coach de jeunes talents et préparatrice physique. A la dure. Couve ses enfants de tout son amour. Signe particulier : un tempérament de feu.

Arnault Varanne

Le7.info

Elle l’avoue du bout des lèvres, elle adore le padel. Elle a pourtant « résisté longtemps » à ce sport « qui fait concurrence au tennis ». Mais Iryna Bremond y a goûté et a accroché tout de suite. Comme quoi, à 40 ans passés, on peut s’amender. Nouveau sourire entendu. L’ancienne tenniswoman professionnelle, débarquée de la région parisienne avec mari et enfants (Maxime, 10 ans, Arthur, 7 ans) en 2021, s’acclimate assez bien à la Vienne. Un département où elle n’avait posé les pieds que pour les Internationaux féminins de la Vienne, il y a une vingtaine d’années. 
« C’est loin tout ça ! »

Aujourd’hui, l’ex-93e mondiale et vainqueure d’une vingtaine de tournois mineurs (Nantes, Sunderland, Ramat, Rotterdam, Istanbul…) a créé sa propre structure d’entraînement, à Poitiers, avec un autre entraîneur et un préparateur physique. Elle veille sur trois jeunes tenniswomen prometteuses, « une Corse, une Niçoise et une Russe ». Trois talents auxquels elle insuffle sa mentalité de gagnante. « L’un de mes entraîneurs me disait : « Iryna, si t’as pas les genoux qui saignent à la fin d’un match, c’est que tu ne t’es pas donnée à fond ». Pour moi, le mental c’est 90% de la performance. » Ses méthodes « musclées » lui ont valu d’être « virée » du pôle France féminin du Creps de Poitiers, après seulement huit mois de service. Elle a rebondi.

Galères

Comme beaucoup de sportives de haut niveau, la Biélorusse de naissance a grandi très vite, exil oblige. A 17 ans, celle qui n’est encore que junior voyage dans un train entre l’Autriche et la Pologne, entre deux tournois de seconde zone pour gagner sa vie. Elle a omis un détail : le passage par la République tchèque nécessite un autre visa. « Je me suis retrouvée exfiltrée du train à 2h du matin, à attendre dans un petit village jusqu’à 5 ou 6h avant de pouvoir repartir. J’ai pu ensuite prendre un avion mais ça a été compliqué. Des anecdotes comme celle-ci, j’en ai beaucoup. Avec du recul, si j’avais eu plus de moyens, j’aurais peut-être fait une autre carrière. »

« Et là, il n’était plus question 
de partir ! »

Loin des lumières des Grands Chelems, loin des fortunes amassées par certaines, Iryna Kuryanovich, de son nom de jeune fille, s’est toujours accrochée à son rêve. Et ce même si gamine, elle se serait bien vu pianiste. La fille d’un couple de banquiers, qui a grandi « dans un milieu plutôt favorable », a quitté l’Union soviétique et ses carcans assez tôt. Elle aurait d’ailleurs dû prendre la direction des Etats-Unis pour y poursuivre ses études en parallèle de sa carrière. Et puis… « Et puis, au cours d’un tournoi en Allemagne, une amie ukrainienne m’a parlé d’un tournoi en France, dans une ville de l’Est. J’ai pris le bus, j’y suis allée et j’ai créé des contacts. » Le club d’Orléans l’engage et la Biélorusse dispute les tournois par équipes. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Gérald Bremond, son futur mari, en 2005. « Et là, il n’était plus question de partir ! » 
L’entraîneur du pôle France garçons au Creps de Poitiers a également été celui d’une certaine Marion Bartoli.

Projection

De voyages, il en est encore question, malgré tout. Car la vie d’entraîneur suppose d’accompagner ses pépites sur les tournois. Ainsi Iryna sera-t-elle en Algérie, le 19 mars, après l’Australie en fin d’année dernière. Une vie par procuration qui lui va bien, elle qui parle de ses enfants avec une tendresse profonde. « Plus tard, je veux qu’ils aient un métier essentiel, comme médecin. Qu’ils puissent parler plusieurs langues, choisir où ils veulent vivre. Bon, le monde actuel n’est pas très rassurant car ça pète partout… Oui, j'ai peur pour mes enfants. Mais il faut avancer, continuer. Nous, les gens de l’Est, on ne se plaint pas. » Au début du conflit en Ukraine, Iryna Bremond et sa famille ont accueilli plusieurs réfugiés. « Depuis, ils sont retournés à Kiev, la vie continue pour eux. Ils se sont habitués à vivre avec des sirènes, les alertes à la bombe… », soupire-t-elle. A sa petite échelle, se rendre à Minsk nécessite désormais de la patience, beaucoup de patience. Exit les vols directs en 2h30, bonjour la galère de l’attente à la frontière entre la Lituanie et la Biélorussie après l’avion jusqu’à Vilnius et le bus ou la voiture jusqu’au point de passage entre les deux pays. « C’est n’importe quoi cette guerre… », 
s’emporte Iryna. La Française mesure sa chance d’habiter ici. La vie est bien faite.

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