En pleine guerre, Khodor Terro vient de remporter avec sa troupe un concours de danse traditionnelle suivi par des millions de téléspectateurs au Liban. Ses prestations étaient inspirées des dizaines de chorégraphies apprises à Poitiers, pendant qu’il terminait sa thèse.
Lundi 23 mars, un message envoyé depuis le Liban capte l’attention de la rédaction du 7. Khodor Terro nous annonce qu’il vient de remporter avec sa troupe de danse un concours retransmis sur la chaîne MTV Lebanon… Cette nouvelle pleine d’enthousiasme contraste immédiatement avec les informations qui nous parviennent sur la guerre qui l’entoure dans son pays.
Khodor a passé onze ans à Poitiers pour ses études entre 2001 et 2012. Sa thèse de droit en epoche, il est reparti à Beyrouth où il est devenu professeur à l’université Hadath. Et durant toute cette période, Khodor n’a jamais cessé de danser. Aux Bacchantes surtout, un établissement de la rue Anatole-France aujourd’hui disparu. « J’y ai appris de nombreuses danses folkloriques françaises et latines grâce à Christine Mondéjar et Bal Us Trad. » Avec l’association Méli-Mélo et Picta-Cèdre, ce jeune doctorant organise des soirées dansantes durant lesquelles résonnent les plus belles chansons libanaises des frères Rahbani, Zaki Nassif, Walid Gholmyeh, Romeo Lahoud…
« Le folklore
réunit les peuples »
Chapeloise, Bourrées, Branle de Noirmoutier et de Provence, Hornpipe… Ces techniques acquises en France, il les a ensuite ramenées chez lui, et a imaginé des chorégraphies cosmopolites pour sa troupe de 150 danseurs, Barja lil Founoun al chaabiyah, créée en 1980 par un cousin de son père. « A mon retour, j’ai organisé un festival « Layali Barja ». La troupe a remporté de nombreux prix nationaux. »
Jusqu’à cette première place en prime-time dans Let’s dabke sur MTV : treize troupes de toutes les régions du Liban ont réalisé quinze danses au cours de onze épisodes diffusés entre le 7 décembre et le 15 février 2026. Deux d’entre elles étaient interprétées par des juniors dont l’aînée de ses trois enfants, Alia 10 ans. Succès populaire ! « Danser permet de voir la vie autrement, de croiser des gens aux cultures diverses. On a mixé des danses françaises et libanaises. Le message, c’est que le folklore peut réunir les peuples. »
« Folie criminelle »
Alors que la guerre redouble sur le territoire libanais entre le Hezbollah et Israël, ce message est particulièrement puissant. Khodor et sa famille ont fui Beyrouth début mars pour rejoindre la maison familiale à Barja, une ville du Sud-Est qui compte 30 000 habitants supplémentaires depuis le début du conflit. « Nous sommes en sécurité pour l’instant. Depuis le bombardement de mon université qui a tué deux de mes collègues, je donne des cours à distance. La troupe continue de faire des petits spectacles pour remonter le moral des familles. La folie des décideurs criminels n’a pas de limite, malheureusement. » En attendant des jours meilleurs, Khodor imagine déjà revenir à Poitiers avec sa troupe. « J’ai l’espoir de la voir un jour virevolter sur la scène du Tap ! » L’appel est lancé....