Abderrazak El Albani : « Personne n’échappe à la dégradation de l’environnement »

Découvreur des premières traces de vie sur Terre, il y a 2,1 milliards d’années, le professeur de géologie poitevin, Abderrazak El Albani, publie Dernières nouvelles des origines de la vie, un ouvrage didactique et éclairant sur notre environnement.

Arnault Varanne

Le7.info

« Sa » découverte a eu lieu en 2008 à Franceville, au Gabon. Aux côtés d’autres scientifiques, le géologue poitevin Abderrazak El Albani a mis au jour des fossiles d’organismes multicellulaires vieux de 
2,1 milliards d’années, alors que la communauté de chercheurs situait jusque-là « nos » origines à 600 millions d’années. Sa publication dans Nature, deux ans plus tard, lui a valu une reconnaissance internationale. Le professeur de l’université de Poitiers revient aujourd’hui sur les connaissances et l’ignorance qui entourent encore l’origine de la vie.


« Il y a effectivement eu beaucoup de dogmatisme. »

Pourquoi ce livre sur les Dernières nouvelles des origines de la vie ?
« La sollicitation est venue de la maison d’édition au départ. L’idée était de se dire comment l’état d’esprit de la recherche a évolué par rapport à la découverte ces quinze dernières années, comment on appréhende le dogme scientifique. J’ai donc repris dans ce livre l’évolution de la vie sur Terre étape par étape. »

Votre découverte n’a pas fait consensus immédiatement...

« Il y a effectivement eu beaucoup de dogmatisme. Les gens nous regardaient bizarrement quand on disait qu’il y avait un lien entre l’environnement et les mutations de passage. Aujourd’hui, les esprits ont évolué. Ce qui nous a sauvés, car c’est un travail d’équipe, c’est de jouer la carte de la transdisciplinarité en faisant travailler des géologues, des minéralogistes, des sédimentologues, des chimistes… On n’a jamais arrêté nos recherches et cela a permis à l’université de Poitiers de rayonner à l’échelle mondiale. »

En quoi vos découvertes successives au Gabon, au Maroc et en Ukraine, nous renseignent-elles sur l’évolution future de la Terre et de ses habitants ?

« Le mot d’ordre est simple : le vivant est très dépendant de son environnement, physique, chimique, climatique. Le terme à la mode, aujourd’hui, c’est la co-évolution. La Terre a connu des extinctions majeures, jusqu’à 98%, sur des centaines de millions d’années. Là, tout se fait d’une manière accélérée. J’aborde la question de l’anthropocène dans l’ouvrage. Personne n’échappe à la dégradation de l’environnement, pas même nous. »

Dernières nouvelles des origines de la vie - 189 pages - Allary Editions - 19,90€.

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