Samuel Cheminet. 21 ans. Acteur fraîchement sorti de l'école. Construit une esthétique à la croisée des disciplines. Remarqué lors de ses premiers défilés, il avance sans trancher : entre cinéma et mannequinat, pourquoi choisir ?
On aime parfois réduire la génération Z à une image commode : celle d’« enfants rois », de jeunes adultes pressés, individualistes, rétifs aux cadres et aux trajectoires toutes tracées. Des clichés, souvent. Sur les bancs de l’école, Samuel a pu incarner cette figure. Non par désinvolture, mais par exigence de sens. Comprendre, toujours. Pourquoi apprendre le théorème de Thalès ? À quoi cela sert-il ? « Pourquoi ? Pourquoi ?
Pourquoi ? » Acculés par les interrogations du petit Samuel, ses professeurs répondent bien souvent avec des poncifs qui l’exaspèrent. De cette incompréhension naît une frustration profonde. Et, peu à peu, un rejet du cadre scolaire. Plus encore une défiance envers une autorité qu’il juge parfois arbitraire. Samuel s’en détourne sans rompre complètement : il fournit le minimum, mais apprend ailleurs. Tout en s’astreignant à suivre une autre formation, celle de l’école buissonnière. Pas moins enrichissante et formatrice en souvenirs. Du collège du Jardin des Plantes au lycée Victor-Hugo, Samuel construit ses premiers repères en dehors des sentiers balisés. Il teste les limites, comme tous les jeunes adultes en devenir, à ceci près qu’il semble vouloir brûler les étapes. Devenir adulte avant l’heure, ou du moins en éprouver les contours le plus tôt possible. Dernier d’une fratrie de six enfants, il grandit dans une attention particulière, celle que l’on réserve parfois aux cadets. Fils d’un médecin et d’une aide-soignante du plateau poitevin, il trouve très tôt refuge dans les images. Ses frères et sœurs lui ouvrent l’univers de Tim Burton :
choc esthétique immédiat. Le sombre et la fantaisie s’y entremêlent. L’image ne sera plus jamais un simple divertissement, elle devient un exutoire, une nécessité.
Questions sans réponses
Samuel traverse des moments d'incertitude. L’avenir se présente comme une série de portes entrouvertes, aucune ne s’imposant vraiment. Le cinéma ? Impossible. Vétérinaire ? Un stage l’a marqué, mais les études lui semblent interminables. La criminologie aussi l’intrigue, sans jamais le happer. Ce qu’il veut, c’est vivre plusieurs vies. Se glisser dans la peau d’autres personnages, explorer des existences différentes, parfois sombres, parfois extrêmes. Jouer, plutôt qu’exercer. C’est une remarque presque anodine, une boutade familiale, qui déclenche un déclic. Un jour, son frère lui lance : « En fait, t’as pas envie d’être criminologue. T’as envie d’être Clarice Starling dans Le Silence des agneaux. » La phrase fait l’effet d’un tremblement de terre.
« Le mannequinat ? Pourquoi s’empêcher de suivre
ce qui marche ? »
Samuel comprend alors que ce qui l’attire n’est pas les métiers en eux-mêmes, mais les histoires, les rôles, l'incarnation. « Tous les métiers qui m’intéressaient, je peux les faire en tant qu’acteur », résume-t-il aujourd’hui. À 17 ans, tout s’accélère. Il monte à Paris, visite des écoles, passe des entretiens. Une certitude intime l’habite :
il sera pris. Il lui reste alors à convaincre son père de financer une école privée. Il défend son choix avec acharnement, porté par une conviction difficile à fissurer. Il finit par intégrer une école de cinéma en région parisienne en 2022.
Opportunité inattendue
Là-bas, peu de théorie, beaucoup de pratique. Treize élèves, presque en vase clos. Samuel joue, met en scène, travaille Shakespeare, s'essaie aux comédies musicales. Lui qui fuyait tous les cadres trouve ici le sien. En troisième année, il écrit et met en scène sa propre pièce, portant seul l'écriture, le casting, la direction d'acteurs. Mais à la sortie de l’école, le réel rattrape vite les illusions. « On nous prépare, on nous en parle. Mais quand tu te retrouves dehors… c’est autre chose. » C’est presque par hasard qu’une autre trajectoire s’ouvre. Le mannequinat revient dans son entourage comme une idée récurrente. Il tente. Envoie une candidature en ligne et se voit sélectionné pour un camp d’entraînement. Puis tout s’enchaîne. Les premiers défilés, la Fashion Week, la Maison de l’Amérique latine. Il marche aux côtés de visages venus du monde entier. Dès lors, tout s'emballe. Publications dans Elle et Madame Figaro, regard des professionnels, premiers contacts d’agences. Aujourd’hui, il est accompagné, encadré, projeté vers des scènes plus grandes, Cannes et bientôt l'Amérique. Mais cette ascension a un prix. Financier, physique, mental. Derrière la lumière, il faut convaincre, se maintenir, persister. Samuel, lui, ne choisit pas encore. Cinéma ou mannequinat ? La question n’en est pas vraiment une.
« Pourquoi s’empêcher de suivre ce qui marche ? » Comme beaucoup de trajectoires contemporaines, la sienne se construit dans l’entre-deux. Deux lignes parallèles qui ne s’excluent pas, mais se nourrissent. Peut-être. Un rendez-vous décisif approche, à New York cet été. Agences, recruteurs, professionnels du monde entier. Là-bas, tout peut basculer en un instant :
une rencontre, un regard, un contrat. D’ici là, Samuel Cheminet avance. Sans certitude absolue, mais sans renoncer. Entre élan et vertige. Entre promesse et incertitude. Comme si rien, depuis le début, n’avait jamais été écrit d’avance.