Seulement dix-huit mois après son arrivée, le préfet de la Vienne fait déjà ses valises. Gestion de l’eau, fermeture de classes, mobilité en milieu rural, finances… Serge Boulanger défend son bilan et clame son amour du territoire.
Le préfet de la Vienne fait ses adieux cette semaine. Et à l’en croire, il s’apprête à quitter ses fonctions « avec beaucoup de regrets et de tristesse » parce qu’il laissera derrière lui « beaucoup d’amis à titre professionnel et personnel ». Serge Boulanger, qui a distribué 2 000 cartes de visite, l’assure : « Avec les élus, toutes tendances politiques, on peut travailler et on a bien travaillé. » Son plan « Vienne 2030 »
(Le 7 n°672) portera d’ailleurs ses premiers fruits à la mi-mai à Montmorillon. « Treize voitures électriques seront mises à disposition de demandeurs d’emploi et d’allocataires du RSA qui auraient une promesse d’embauche et pourront accéder à une LLD (location longue durée) de soixante mois à moins de 200€ par mois, assurance comprise. » Deuxième public ciblé : les plus modestes ayant besoin de se déplacer pourront louer l’un des véhicules électriques ponctuellement. « Ce projet, poursuit le futur ex-préfet, on l’a monté avec des acteurs du territoire, le Crédit Agricole, Emil Frey, Sorégies. Tout le monde a fait un effort. »
« 980M€ d’argent net injecté »
Un autre sujet l’a beaucoup mobilisé pendant dix-huit mois : les fermetures de classes (35 à la rentrée 2026) ou d’écoles, là aussi essentiellement en milieu rural.
« Et ce sera pire en 2027 compte
tenu de la démographie. L’idée est de co-construire des solutions avec les élus, les parents d’élèves, les syndicats d'enseignants… De nouvelles réunions auront lieu d’ici l’été, sachant que nous travaillons sur une cartographie avec des scénarios d’implantation à
30 ou 45 minutes de transport pour les enfants. » De la ruralité à l’attractivité, il n’y a qu’un pas que le représentant franchit avec enthousiasme, citant « un département riche de
10 000 entreprises, de pépites, de sa diversité économique ». Un département dans lequel, toutefois, les finances des collectivités souffrent, en raison du resserrement des cordons budgétaires par l’Etat. « Quand vous avez une dette de 3 650Mds€, qui nous place dans une situation délicate pour emprunter, il faut faire des efforts. Mais il ne faut pas non plus oublier ce que fait l’Etat. En 2025, c'est 980M€ d'argent net injecté dans la Vienne, hors masse salariale et dotations ! »
Trente projets
de réserves
Sur la thématique toujours brûlante de la gestion de l’eau, Serge Boulanger reconnaît que son passage n’aura pas franchement permis de rapprocher les points de vue entre pro et anti-bassines. « Apprendre par la presse que je suis membre d’honneur de Bassines non merci ne m’a pas ravi. J’aurais aimé qu’ils me remettent le prix en main propre, cingle Serge Boulanger. Peut-être que l’erreur que nous commettons est de prendre l’eau comme un point d’entrée, alors que c’est un moyen de faire pousser des productions agricoles. La question est de savoir comment, quand on aura
50% d’eau en moins l’été, on continue à avoir une agriculture ?
Aujourd’hui, nous avons une trentaine de projets de réserves dans le département. Bien évidemment, je ne dirai pas où ils sont car sinon, ils vont avoir une visite dans la nuit… » Le préfet indique pour conclure qu’il n’y aura « pas de mégabassines ».
« On ne peut pas admettre qu’on nous interdise de stocker l’eau l’hiver pour en bénéficier l’été. » A son successeur, Charles Giusti, de trouver les voies (étroites) de passage.