Marie Debien, no limite

Marie Debien. 43 ans. Monitrice-éducatrice à l’IME de Moulins, à Sèvres-Anxaumont. Ancienne marin-pompier reconvertie. Maman d’un enfant autiste. Fondatrice et présidente de Si ça vous chante, la première chorale inclusive de France. Signe particulier : une énergie contagieuse et une propension à s’affranchir des cases.

Arnault Varanne

Le7.info

C’est ici son refuge, son havre de paix, là où elle se retire du bruit du monde. A l’ombre de l’unité de méthanisation de l’exploitation familiale, à Sèvres-Anxaumont, Marie Debien n’aime rien tant que jeter un œil sur les dizaines de citations disséminées sur le mur de sa cuisine. Nelson Mandela y côtoie Martin Luther King, Simone Veil ou Gandhi. « Ça me booste le matin en me levant, j’en ai besoin ! », abonde-t-elle. « Cela semble toujours impossible jusqu'à ce qu'on le fasse » (Mandela) figure dans son panthéon personnel. Pour autant, la fondatrice de la première chorale inclusive de France goûte assez peu la lumière, préférant « faire briller les autres ». Cent soixante-dix âmes, pour certaines -quatre-vingts- cabossées par la vie, mues par une même envie de chanter et de danser, de communier au fond. De 2 à 89 ans, en situation de handicap ou pas, atteintes de maladies dégénératives ou pas, 
« Si ça vous chante » dénote dans le paysage.

La joyeuse troupe s’éclate à Saint-Julien-l’Ars, Sèvres-Anxaumont, et au-delà ! « On a été présélectionnés pour participer à La France a un incroyable talent (sur M6, ndlr), avec un tournage normalement en juillet. Et on participera, enfin pas tous, au concert-hommage à Johnny Hallyday Toujours vivant, le 22 mai 2027 à l’Arena Futuroscope. » En résumé, les bonnes nouvelles s’accumulent pour les choristes, dont l’enthousiasme n’a d’égal que leur bien-être. « La première jeune fille que j'ai eue, il y a six ans maintenant, était non verbale, à la suite à un grave traumatisme. Aujourd’hui, elle est sortie du champ du handicap, c'est une bête de scène qui a commencé un CAP service à la personne, décroché son premier logement autonome, passe son permis de conduire… Et elle a même animé son premier cours de chant en Ehpad. Elle va me remplacer ! » 


Vous avez dit inclusif ?

« Si ça vous chante » ne se contente pas de mettre sur scène des choristes, l’association les accompagne vers l’autonomie complète, sous la forme d’ateliers sur l’emploi, le logement, la mobilité, la gestion des émotions, le shiatsu… Vous avez dit inclusif ? « La société telle qu’elle doit être », résume la présidente. On ne badine pas avec les valeurs. La membre du conseil national consultatif des personnes en situation de handicap fait passer ses messages à Paris à intervalles réguliers. Mais c’est bien dans son cocon qu’elle s’épanouit. Ses semaines se partagent entre 
« 40 heures à l’IME de Moulins » et autant dédiées à l’association. La gamine de Sèvres a pourtant navigué loin du handicap pendant la première partie de sa vie.


« On peut tout faire avec des personnes handicapées. »

La fille d’agricultrice s’est imaginée « architecte, avocate, journaliste, profileuse, artiste aussi ». Mais à la campagne, la peinture et la danse, « ce ne sont pas de vrais métiers ». Alors à défaut, 
« pour embêter [mes] parents », Marie a filé vers… l’armée après un bac STT. Au culot. « J’ai fait plusieurs dossiers de candidatures en disant que le premier à répondre… » La Marine nationale a décroché la timbale et enrôlé la Poitevine au tempérament bien trempé. Pas de femme marin-pompier ? Qu’à cela ne tienne, elle bûche à fond pour intégrer ce corps d’élite, sort major de promo et sera finalement la quatrième femme à devenir marin-pompier, à Marseille. Douze ans d’une vie bien remplie, « au contact des gens », 
déjà. Jusqu’à la naissance de son fils Loïs, 20 ans aujourd’hui. Il est hospitalisé de longs mois pour des problèmes de santé. Et à 
3 ans, un diagnostic tombe : autiste Asperger. Et la vie de sa maman change, radicalement. Elle fait « cinquante boulots » et se forme au handicap pour « l’accompagner au mieux », jusqu’aux Etats-Unis « où les professionnels ont vingt d’avance sur nous ». 


« Jusqu’à l’ONU »

C’est dans cette forme d’adversité que la maman solo a entamé une nouvelle carrière de monitrice-éducatrice technique à l’IME de Moulins. Cette « amoureuse des âmes » et des machines à écrire ne regarde que rarement dans le rétro. Elle préfère le présent et le futur en mode fonceuse et défricheuse. 
« Aider une centaine de gamins, c’est bien… Mais si je peux le faire à une plus grande échelle, je prends. » « Sa » chorale inclusive diffuse ses bonnes ondes au-delà de la Vienne. Marie a été sollicitée par une commune de la Guyane française, aux confins du Brésil, qui veut mettre en place la sienne. La distance ? 
« Aucun problème ! S’il le faut, je suis prête à aller jusqu’à l’ONU pour défendre les droits des personnes handicapées. » Pour qu’elles aillent mieux et que les différences s’effacent. La Sadébrienne tient en horreur 
« les cases et les barrières », en résumé tout ce qui limite le potentiel humain. 


Mélomane et artiste, solaire et solitaire, bienveillante mais cash, Marie Debien fait du bien autour d’elle. Et ça l’enchante, évidemment. Un jour, c’est sûr, elle prendra la plume. « Mais je ne sais pas encore sur quel sujet… » On a une petite idée.

À lire aussi ...