Rêver différemment

Le Regard de la semaine est signé Lou Dufour-Vaucelle.

Le7.info

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On nous demande très tôt ce qu’on veut faire plus tard. Comme si, à 18 ou 19 ans, 
on devait déjà savoir. Déjà choisir. Déjà décider d’une vie entière. Alors on répond. Avec assurance parfois. Avec naïveté souvent. Moi, j’avais une réponse. Un rêve précis. Une idée claire. Un chemin tracé. Une direction qui semblait évidente. Je savais. Ou du moins, je croyais savoir. Et puis, un jour, sans vraiment prévenir, quelque chose change. Les études ne ressemblent plus à ce qu’on imaginait. La réalité est différente. Moins idéale. Plus exigeante aussi. Et la motivation s’efface pendant que le doute s’installe. Et il y a cette sensation étrange : ne plus se reconnaître dans ce qu’on avait pourtant choisi. Comme si le rêve ne nous appartenait plus. Alors on s’accroche.

On se dit que c’est une phase. Qu’il faut tenir. Qu’on n’a pas le droit d’abandonner. Parce qu’abandonner fait peur. Ça donne l’impression d’avoir échoué. De s’être trompé. D’avoir déçu. Mais je ne veux pas, je ne peux pas décevoir. Il y a ce moment, difficile, où l’on comprend que le métier qu’on imaginait ne sera peut-être jamais le nôtre. Et ce n’est plus seulement un projet qu’on perd. C’est une version de soi. Une projection. Un futur qu’on avait déjà commencé à aimer. Alors il faut accepter. Accepter de ne plus savoir. Accepter de douter. Accepter de recommencer. Et ça, on ne nous l’apprend pas.

On nous apprend à choisir. Pas à changer. On nous apprend à réussir. Pas à bifurquer. Jamais on ne nous apprend à accepter l’échec ou même le doute, encore moins dans les études de droit. On nous apprend à réussir. À être efficaces. À répondre juste. À ne pas se tromper. On avance comme des machines face à des exigences toujours plus hautes, des regards parfois froids, face à des mots qui jugent plus qu’ils n’accompagnent. Et au milieu de tout ça, on oublie presque pourquoi on avait commencé. On en vient à détester ce dont on a toujours rêvé.

Mais grandir, ce n’est pas suivre une ligne droite. C’est se découvrir, autrement. C’est accepter de se perdre. De réajuster. De construire différemment. Un rêve qui s’efface, ce n’est pas forcément une fin. C’est parfois un déplacement. Une vérité qu’on n’avait peut-être pas encore vue. Parce qu’à 19 ans, on a encore la vie devant soi, et se perdre ne devrait pas devenir une fatalité ni même une source d’angoisse. Et un jour peut-être, on comprendra que ce moment de doute n’était pas une erreur, mais un passage. Un passage nécessaire pour trouver un chemin qui nous ressemble vraiment. Certains rêves ne sont peut-être pas faits pour durer mais pour nous conduire ailleurs. Et changer de rêve, de route, d’objectif c’est déjà une façon de continuer à croire en soi, de s’écouter et de se faire confiance.

CV express
Après avoir fini mes trois années de lycée, je suis depuis 2024 étudiante à la faculté de droit de Poitiers, avec pour ambition de devenir magistrate pénaliste. A côté de mes études je suis présidente de l’association KAp Vie, qui récolte des fonds pour lutter contre le cancer du pancréas au CHU de Poitiers. Je suis aussi une grande sœur à plein temps, et c’est pour moi la plus belle des missions. 

J’aime : le rugby, la Formule 1, le motoball, la politique, les moments avec mes proches, lire, la course à pied.

J’aime pas : la science-fiction, les injustices, l’hypocrisie, les gens pessimistes.

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