Friands de graines, les corbeaux font de nombreux dégâts dans les champs fraîchement semés. Entre inquiétudes des exploitants et débats politiques, des solutions de cohabitation sont recherchées.
Le 2 avril dernier, en séance plénière, Marion Latus, conseillère régionale du Rassemblement National, a interpellé l'exécutif sur la prolifération des corbeaux dans le Châtelleraudais et son impact sur les terrains agricoles. Le sénateur LR Bruno Belin a également posé la question au ministre de l'Agriculture sur les dégâts causés aux cultures par les corvidés (corbeau freux et corneille noire). Il demande notamment la possibilité de recourir à des battues administratives et la mise en place éventuelle de dispositifs d'indemnisation en cas de dégâts importants causés aux cultures. Mais quel est le constat ?
Les semis de printemps s'étalent de février à mai, incluant aussi bien les céréales (blé, maïs…) que les oléagineux (tournesol, colza…) et les protéagineux (pois…). Les corvidés et les pigeons sont très friands de ces graines qui viennent d'être semées et de celles qui sont en train de germer, soit trois semaines après. « Les oiseaux ont besoin de se nourrir et les champs constituent des opportunités où la nourriture est en quantité et facile d'accès, explique Céline Gracieux, responsable de la Ligue pour la protection des oiseaux Poitou-Charentes. Les corvidés apprécient ces zones très dégagées où ils peuvent surveiller les alentours, face aux rapaces, leurs prédateurs. »
Il n'est donc pas rare de voir des groupes se poser dans les champs. « De là à parler de prolifération, c'est un peu galvaudé. Ils fonctionnent en colonie d'où ce sentiment, cette impression de masse. Les populations sont stables d'une année sur l'autre. Avec l'évolution des paysages, des haies, des bosquets ont été supprimés. Ces zones agricoles sont donc devenues plus attractives. »
Consciente des dégâts causés, la LPO collabore avec les agriculteurs pour surveiller les populations.
Des coûts supplémentaires pour l'agriculture
A Senillé-Saint-Sauveur, Léa Vaucelle, à la tête de la Ferme de Filsoie, cultive en agriculture biologique 200 hectares de céréales et légumineuses :
pois, lentilles, pois chiches, tournesol… « Chaque année, nous avons des dégâts liés à la présence des corvidés et des pigeons, confirme l'agricultrice. Certaines années, nous sommes allés jusqu'à ressemer un champ, notamment le tournesol. L'impact, c'est une récolte perdue et un rachat de semences. » Pour essayer de détourner ces indésirables, des effaroucheurs (canons à gaz, cerfs-volants...) sont posés. Des associations de semis peuvent être envisagées. La première culture lève plus vite et protège la seconde.
« Mais c'est un coût et du temps supplémentaire, pour une récolte qui ne nous servira pas forcément. Aujourd'hui, nous essayons d'anticiper les pertes et de semer en plus grande quantité, en espérant que la part restante sera suffisante. » Les agriculteurs ont la possibilité de déclarer leurs parcelles semées en mairie. Les chasseurs peuvent alors intervenir, le corbeau freux et la corneille noire étant considérés comme des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts. S'il n'y a pas de méthode miracle, chacun appelle à des échanges et à une collaboration renforcée sur le sujet.