Allergies aux pollens : 
le vrai du faux

Toux, nez qui coule, difficultés respiratoires… Le pollen a fait son grand retour. Un sujet au cœur des préoccupations de santé à l’arrivée du printemps. Allergologue au CHU de Poitiers, le 
Dr Johan Léquipé tord 
le cou aux légendes urbaines… ou pas.

Le7.info

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Naît-on allergique ?
« Non, on le devient. Essentiellement avant l'âge de 45 ou 50 ans. Les allergies sont des maladies acquises au cours de la vie. Il y a à la fois le versant patient : le terrain génétique qui peut faciliter le développement d'allergies. Et aussi le versant allergénicité : un potentiel allergisant élevé pour certains types de pollen. »

Une allergie aux pollens peut-elle entraîner des allergies alimentaires ?
« Oui, c'est ce qu'on appelle les syndromes d'allergies croisées pollens-aliments. Ils sont relativement fréquents et finissent par toucher à peu près 50% des patients allergiques aux pollens de bétulacées (bouleaux, aulnes, charmes, noisetiers...). Il est déconseillé de consulter seul la liste des aliments associés, car les patients peuvent se retrouver face à une masse d'informations anxiogènes. Or, chaque patient développe ses propres allergies alimentaires. Parfois, il n'y en a qu'une. Le système immunitaire travaille à la fois pour réagir, mais aussi pour ne pas réagir : c'est ce que l’on appelle le mécanisme de tolérance. »

Le réchauffement climatique et la pollution ont-ils une responsabilité ?
« Oui. La pollution atmosphérique joue sur le réchauffement climatique, qui influence lui-même les émissions de pollens. Les végétaux pollinisent de plus en plus tôt, sur des périodes plus longues. Les allergènes dans les pollens sont souvent des protéines de défense des végétaux. Si on les agresse avec des polluants, ils augmentent leurs protéines de défense, et donc leurs substances allergènes. Ces polluants sont des particules ultrafines très volatiles. Elles sont respirées et pénètrent dans l'arbre respiratoire des patients, ce qui active le système immunitaire. »

La saison des pollens dure-t-elle de plus en plus longtemps ?

« Oui, l'émission pollinique de nos jours n'est plus du tout la même qu'il y a vingt ou trente ans. Le Réseau national de surveillance aérobiologique (il a disparu depuis, ndlr) a classé les plantes selon leur potentiel allergisant. La saison, si l’on prend en compte toutes les variétés, débute désormais en janvier et s'étend jusqu’en octobre. »

En 2050, une personne sur deux sera-t-elle allergique ?
« Oui, la prévalence de l'allergie au pollen est croissante. Elle touche environ 27,5% de la population cette année. Les prévisions pour 2050 tournent effectivement autour de 50%. »

La désensibilisation 
permet-elle de guérir totalement ?

« Oui et non. Chez les enfants, on arrive parfois à des guérisons complètes. L’acte de désensibilisation, aussi appelé immunothérapie, permet de diminuer, voire de supprimer les symptômes, même si les patients conservent une certaine sensibilité. Le processus peut durer de 3 à 5 ans. Le traitement consiste à administrer des extraits d'allergènes sous la langue, en commençant trois à quatre mois avant l'arrivée des pollens. Une augmentation progressive des doses s'opère. Le profil de réponse varie encore une fois d'un patient à l'autre. »

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