Aujourd'hui
C’est un chiffre qui dit beaucoup de notre rapport à la fin de vie. Depuis avril 2005, le CHU a enregistré seulement 35 311 formulaires de directives anticipées. Au-delà de la sédation profonde et continue, la loi Claeys-Leonetti de 2016 aurait dû consacrer ces « dernières volontés » écrites, que les médecins sont tenus de respecter. Mais… « Mais les directives anticipées restent un grand tabou », concède Estelle Amiot. En quatre ans, l’infirmière référente de la cellule d’information et de recueil des directives anticipées (Cirda) du CHU de Poitiers a rencontré 12 000 personnes. Autant de particuliers et de professionnels de santé sensibilisés au sujet dans des réunions, conférences, au CHU, hors les murs, mais pas forcément prêts à passer aux travaux pratiques. « Des personnes viennent à un premier atelier, puis reviennent une seconde fois. Elles n’arrivent pas à franchir le cap. Ecrire ses directives anticipées (révisables, ndlr), c’est faire son introspection, se rappeler ce qu’on a vécu, ce qu’on ne souhaite pas… Ça fait peur. »
« Certains pensent qu’écrire ce qu’on souhaite porte malheur », prolonge Stéphanie Ellias, cadre de santé co-responsable de la Cirda avec le Dr Laurent Montaz. A défaut de « grande campagne de publicité nationale », la cellule se démultiplie pour démythifier les directives anticipées auprès de tous les publics. A commencer par les soignants, « qui ne s’en emparent pas complètement », selon Estelle Amiot et Stéphanie Ellias. Elles travaillent sur un guide pour aborder les directives anticipées « de façon rapide et ludique ». Ce document, aujourd’hui au format papier et demain au format électronique, sera bientôt testé dans plusieurs services auprès des patients. Autre idée : aller sensibiliser les plus jeunes en milieu scolaire, sans doute les lycéens dans un premier temps, après avoir « élaboré des formations avec un pédopsychiatre pour aborder le sujet correctement ».
Par-delà les soignants et le grand public, la Cirda s’efforce de tisser un réseau à l’échelle régionale avec des référents chargés, une fois formés, de diffuser les bonnes informations. « Il faut être patient, cela va payer avec le temps », se persuade Stéphanie Ellias. « Ce n’est pas parce qu’on parle de la mort qu’elle va arriver dans les cinq minutes ! », renchérit Estelle Amiot. L’infirmière organise des ateliers tous les mercredis matin à l’espace des usages de la tour Jean-Bernard, une fois par mois à Châtellerault, Loudun et Montmorillon.
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