A l’université de Poitiers comme ailleurs, les étudiants étrangers devront à l’avenir régler des droits d’inscription très élevés pour poursuivre leur cursus.
Samuel Ndungi Ndungi termine sa deuxième année de licence administration économique et sociale à l’université de Poitiers. Et le jeune homme originaire de la République démocratique du Congo ne s’attendait pas à « ça ». « Ça »,
c’est le décret du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en date du 20 avril
qui prévoit le relèvement inconditionnel des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires à partir de la rentrée prochaine : 2 895€ en
licence (178€ actuellement) et 3 941€ en master (254€).
« C'est quelque chose d'inattendu et ce n’est pas facile à accepter, souffle Samuel. Porter cette somme sur nos épaules, c’est assez énorme, sachant que je n’ai pas de job étudiant. »
Le coup de massue venu de Paris a mobilisé la semaine dernière des milliers de jeunes dans les rues de plusieurs villes, dont Poitiers. Une mobilisation qui a entraîné un premier recul. En septembre, les universités seront autorisées à exonérer 30% de leurs étudiants extracommunautaires, puis 25% en 2027 et
20% en 2028. Initialement, la limite était fixée à 10%.
« Pour Poitiers, cela représente 840 étudiants sur environ 4 200 (4 800 étudiants étrangers au total, ndlr) », commente Stéphane Mottet, vice-président aux Relations internationales de l’université. Exit en revanche la précédente possibilité d’exonération qui tenait compte de la stratégie de chaque établissement, basée en l’occurrence à Poitiers sur « le rayonnement culturel et la francophonie », dixit la présidente. Depuis 2019, en effet, les établissements français appliquaient leurs propres règles pour se mettre en conformité avec une première mesure gouvernementale.
Mauvais signal
« Cette dernière évolution réglementaire n’est absolument pas en phase avec les annonces du Président de la République faites en Inde en février, où il rappelait l’objectif de 500 000 étudiants internationaux, estime Virginie Laval. Les universités sont des lieux de construction et de transmission du savoir. La dynamique de la recherche ne devrait pas avoir de frontières. » Comme Samuel Ndungi Ndungi, Sally Gbagudi ne sait pas de quoi sera fait son avenir. L’étudiante en troisième année de licence de droit privé a « toujours su qu’elle voulait étudier en France, le pays des droits de l’homme ». Mais la Sénégalo-Béninoise s’interroge sur la suite de son cursus qui doit l’amener à devenir avocate en droit des affaires. « Avec ces frais et la suppression des APL, on nous envoie directement vers l’échec parce qu’un étudiant qui travaille pour gagner de l’argent, c’est autant de temps qu’il ne consacre pas à ses études… »
Faut-il s’attendre à une baisse du nombre d’étudiants internationaux dès la rentrée 2026 ? Pas forcément. D’abord parce que « les étudiants préparant leur mobilité se sont déjà inscrits sur la plateforme campusFrance », avec des droits d’inscription qui n’avaient pas encore été multipliés par seize. Autre « bouclier » :
les étudiants en provenance d’universités partenaires ne comptent pas dans les quotas d’exonération, ce qui les protège de droits exorbitants. N’empêche, « le signal envoyé n’est pas bon », conclut Virginie Laval.