Le Regard de la semaine est signé Ferdaws Choukchou.
J’ai eu la chance de grandir entourée de mes quatre grands-parents. Petite, j’adorais passer du temps à leurs côtés, écouter leurs histoires, leurs conseils, leur manière de voir la vie. Ils avaient cette façon de prendre le temps, de relativiser les choses et de transmettre, souvent sans même s’en rendre compte. Je passais aussi une grande partie de mes vacances chez eux. Ma grand-mère maternelle m’a appris le crochet, le tricot, la broderie et le point de croix. À chaque fin de vacances, je repartais chez mes parents avec de petits napperons en crochet ou un cadre en point de croix que j’avais réalisé avec elle. Avec le recul, je me rends compte que ce n’étaient pas seulement des activités manuelles qu’elle me transmettait, mais surtout de la patience, de la douceur et le plaisir de passer du temps ensemble.
Mes grands-parents étaient déjà à la retraite, sauf ma grand-mère paternelle qui était directrice de l’école où j’étais scolarisée. Depuis toute petite, j’ai donc toujours été entourée de personnes âgées. Très naturellement, j’ai développé un immense respect et une véritable affection pour elles. Aujourd’hui, dans mon métier, j’en côtoie chaque jour. Et il y a une phrase que j’entends souvent : « Ce n’est pas beau de vieillir. » Pourtant, au fond de moi, je pense souvent l’inverse. Je crois que vieillir est une chance. Bien sûr, le corps change, certaines douleurs apparaissent, la fatigue s’installe parfois, et la solitude peut devenir pesante. Mais malgré cela… J’ai perdu ma tante à l’âge de 44 ans et je me suis souvent dit que j’aurais aimé la voir vieillir.
C’est sans doute pour cela que je regarde la vieillesse différemment. Pour moi, vieillir n’est pas seulement une question d’âge. C’est avant tout un état d’esprit. Je rencontre des personnes qui approchent les 100 ans et ont encore le sourire, l’envie de rire, de discuter, de profiter des petites choses simples de la vie. Et à l’inverse, je vois régulièrement des personnes beaucoup plus jeunes vivre très difficilement le passage à la retraite. Nous valorisons tellement la jeunesse, la vitesse, la performance et l’apparence que nous oublions parfois tout ce que l’âge apporte de précieux. Pourtant, les personnes âgées ont énormément à nous transmettre. Elles ont connu plusieurs époques, traversé des crises, vu le monde évoluer à une vitesse incroyable. Elles portent des souvenirs, des valeurs, des leçons de vie et une mémoire que nous prenons parfois trop peu le temps d’écouter. Avec les années, j’ai compris une chose essentielle :
vieillir n’est pas le problème.
Le plus difficile, finalement, est peut-être de vieillir seul, sans écoute, sans présence, sans considération. Alors non, vieillir n’est peut-être pas toujours facile mais c’est avoir eu la chance de traverser la vie, d’aimer, d’apprendre, de transmettre… et de continuer à faire partie du monde.