Baya Fourgeaud. 51 ans. Maman de Gabrielle, 11 ans, atteinte d’un trouble autistique sévère. Ancienne commerçante et commerciale. S’est reconvertie dans la sophrologie et l’hypnose pour accompagner les autres sur le chemin du bien-être. Signe particulier : po-si-tive !
La détermination, une « vraie »
qualité ou un vilain défaut ?
Allez, on vous laisse quatre heures pour disserter sur ce mystère de la vie. D’aucuns considéreront les gens déterminés comme des empêcheurs de tourner en rond. D’autres comme des bienfaiteurs de l’humanité, à même d’accomplir de grandes œuvres. Baya Fourgeaud est du genre… déterminée. A tenir tête à des pontes de la médecine ou des enseignants pour lesquels l’inclusion est à géométrie variable. « Je suis la maman chiante », glisse-t-elle d’une voix douce. La maman d’une pré-ado de 11 ans et demi, à qui on a accolé, en 2018, l’acronyme
« TSA » sévère. Comme trouble du spectre autistique. « Gabrielle était non verbale depuis sa naissance, elle a été opérée car ses deux oreilles étaient bouchées, mais cela n’a rien changé. » A l’annonce du diagnostic, beaucoup de parents s’effondrent, des couples se défont.
« 80% divorcent »… Mais Baya et son mari, eux, sont toujours ensemble et luttent pour que Gabrielle ait « la meilleure vie possible ».
« Se libérer du stress »
La Mulhousienne d’origine a tôt fait d’arrêter son activité de technico-commerciale dans le domaine dentaire sur quatre départements. Trop compliqué à concilier avec sa nouvelle vie d’aidante. « Et puis j’ai eu très tôt le besoin de comprendre l’autisme, de me former au centre ressources autisme, d’assister à des colloques, de rencontrer des professionnels. Je voulais absolument qu’elle soit acceptée en milieu ordinaire, j’ai dû me battre pour ça, surtout à la cantine et dans le périscolaire. »
Gabrielle est en Ulis à l’école Georges-Brassens de Poitiers. Elle ira l’année prochaine à l’Institut médico-éducatif de Moulins, à Saint-Georges-lès-Baillargeaux.
Baya, elle, en plus d’engagements associatifs nombreux (Autisme Vienne) s’est reconstruite une vie professionnelle différente, plus souple aussi. La fille d’Atsem et d’ouvrier, qui se rêvait entrepreneuse plus jeune… entreprend pour de bon. Dans le domaine du bien-être après une parenthèse de conseillère entreprise à France Travail et auprès des demandeurs d’emploi en reconversion professionnelle.
« On ne parle pas assez de ce que les parents vivent, ressentent. »
Elle a ouvert il y a un an, à Poitiers, son propre cabinet de sophrologie -l’une de ses tantes est infirmière et sophrologue- et d’hypnose, où elle reçoit des femmes en surcharge mentale, des sportifs en quête de stabilité émotionnelle, des aidants familiaux… Bref, tous ceux et celles qui veulent « se libérer du stress »
et « gagner en sérénité ». « Je suis heureuse de soutenir les aidants familiaux, de leur offrir un véritable espace pour souffler, relâcher la pression et prendre soin d’eux. » Une sorte de miroir tendu en quelque sorte pour celle qui se vide la tête en restaurant des meubles anciens.
Aujourd’hui, son emploi du temps aménagé sur-mesure lui permet de concilier sa vie professionnelle et son quotidien de maman. Elle anime aussi des groupes de parole en direction des parents. Car « on ne parle pas assez d’eux, de ce qu’ils vivent, ressentent », estime-t-elle. De nature « optimiste », la bénévole associative s’efforce de prêcher la bonne parole de valoriser les moments heureux : la complicité entre son fils aîné Elizio
(23 ans) et sa petite sœur, des jeux simples, des regards complices, et même ces timides « oui » qui sortent de la bouche de Gabrielle. « Je la vois évoluer, progresser, ça me donne beaucoup d’espoirs et c’est magnifique. La voir sourire, éclater de rire, c’est génial. »
Regard lucide
Parce qu’il existe « toujours des solutions », Baya porte un regard lucide mais « positif » sur l’avenir. Il lui arrive d’ailleurs de « mettre de la distance » avec les nouvelles du monde pour mieux se concentrer sur son quotidien et les initiatives porteuses de sens. A l’instar de cette résidence d’un nouveau genre qui pourrait voir le jour fin 2027 à Saint-Benoît :
Hapart’, un lieu de vie où se côtoieront jeunes en situation de handicap mais autonomes et jeunes « valides ». Le projet la réjouit, déterminée à ce qu’il aille au bout. Alors la détermination,
« vraie » qualité ou vilain défaut ?