Aujourd'hui
Courir, c'est protéger ses cartilages
Jean Fleuret, notre expert en course à pied, fait tomber quelques idées reçues cette semaine.
Il le dit avec une certaine dose d’humour. Il a « un p’tit truc en plus », « un bagage supplémentaire ». Et du recul sur lui-même, aussi. Le 2 avril 2024, son monde s’est écroulé à l’écoute de ces quelques mots prononcés par un médecin expert : « syndrome parkinsonien ». « J’ai eu comme l’impression d’entrer dans un tunnel sans lumière au bout… » Ses douleurs au dos, son manque de mobilité dans le bras, de précision dans les gestes et les autres tracas du quotidien avaient donc bien une explication rationnelle que Frédéric Goujon a un temps feint d’ignorer. Jusqu’à ce « conseil de famille » déclencheur d’une batterie d’examens. Le temps a passé et ce « grand sportif » devant l’éternel (foot, course à pied) a choisi de ne plus se cacher mais, au contraire, de « [se] mettre à nu ». Notamment auprès de son entourage professionnel. « Je suis quelqu’un d’entier et de transparent. Mentir aux gens ne fait pas partie de mes valeurs. »
Le responsable de la supervision des compteurs Linky chez SRD bosse encore aujourd’hui à 100%, sans aménagement. Mais ça ne saurait tarder. Celui qui s’épanouit dans les rencontres s’apprête à vivre une aventure un peu hors du commun, permise par son réseau. Du 15 au 26 juin, le président de l’association Bikepacking avec Parkinson parcourra 630km à vélo (6 000m de dénivelé positif), de la place de la Bourse à Bordeaux à la place du Capitole à Toulouse, en passant par le col de l’Aubisque. « Un petit défi supplémentaire pour voir où j'en suis avec mon corps », assure-t-il. A chaque étape dans une Entreprise locale de distribution d’électricité adhérente à l’association Eldmetering, il compte informer sur la maladie de Parkinson, autant que promouvoir l’activité physique comme levier thérapeutique et lever des fonds. La fondation Sorégies a déjà donné 2 000€ à France Parkinson 86.
Malgré son « handicap invisible », le père de famille de deux grands enfants (27 et 24 ans) se sent pousser des ailes, mû par une détermination intacte et un courage à l’avenant. « La maladie ne dictera pas sa loi », promet-il, certain que les projets « amènent du positif et font avancer ». Il a acheté un gravel au printemps 2024, comme pour conjurer le sort et se mettre en mouvement, à défaut de pouvoir grimper le Puy-de-Dôme et les Pyrénées en courant. L’ancien président des Galopins baillargeois marche aussi beaucoup avec son épouse et lorgne déjà le mythique GR20 en Corse, une île de beauté dont les Goujon sont « amoureux ». Tant qu’il pourra se projeter, il le fera, à la manière de Guillaume Brachet, auteur du livre Parkinson à 30 ans. « Quand ma femme me l’a offert, j’ai pris une vraie claque… Il explique le diagnostic, raconte son vécu, ses premières aventures sportives et solidaires. Il faut faire les choses avec ses capacités du moment. C’est devenu ma ligne directrice. »
Depuis un an et le début de l’aventure Bikepacking avec Parkinson, le Tourangeau de naissance se sent revivre. Il a accepté qu’en dépit d’une vie saine et d’une activité sportive régulière, cette maladie « incurable » le touche lui aussi, comme son père et son beau-père. Fort heureusement, la recherche progresse et l’abnégation de Guillaume Brachet permet de nourrir de sérieux espoirs en vue d’un traitement susceptible d’enrayer la pathologie. « Et puis, au fil des échanges avec d’autres malades, je me suis aperçu qu’il existait une phase de lune de miel, où elle ne progresse pas. On peut espérer entre cinq et dix ans. Alors je compte bien mettre mon énergie au service d’une grande cause, plus grande que moi en tout cas. »
L’ancien défenseur de bon niveau, jusqu’en Promotion d’honneur pour les spécialistes, a toujours su mettre le bleu de chauffe. Pas spécialement en réussite à l’école, Fred a gravi les marches une à une, du BEP électrotechnique au BTS informatique industrielle. Jusqu’à intégrer Schlumberger, à Chasseneuil-du-Poitou, où il a créé un club de course à pied, puis le groupe Sorégies. Fred Goujon est un homme fidèle en amour comme en affaires. Il s’est donc fait une promesse : sa reconstruction passera « par les rencontres » et l’éveil des consciences. Il a un p’tit truc en plus, et alors ?
À lire aussi ...
Aujourd'hui
Jean Fleuret, notre expert en course à pied, fait tomber quelques idées reçues cette semaine.
Aujourd'hui
Frédéric Goujon. 54 ans. Habite Saint-Georges-lès-Baillargeaux. Cadre au sein du groupe Sorégies. Atteint de la maladie de Parkinson. A décidé de se battre et d’éveiller les consciences. Reliera Bordeaux à Toulouse à vélo, du 15 au 26 juin. Signe particulier : déterminé.