Aujourd'hui
Vous étiez chez vous, à Sfax, du 17 décembre au 3 janvier. Avez-vous été surpris par l'accélération des événements ?
« J'étais dans ma ville, auprès de ma famille, pour les fêtes de fin d'année. Tout a commencé par l'immolation d'un jeune Tunisien. Mais nous n'avons appris cet acte désespéré que le 22 décembre. Les médias n'en parlaient pas. Noël et le Nouvel An se sont déroulés comme d'habitude. Ce n'est qu'en France que j'ai découvert les premières images. Peu à peu, beaucoup de vidéos ont filtré sur Internet. Le régime s'est déverrouillé. Cette révolte de la population m'a vraiment surpris. En général, les Tunisiens ne cherchent pas les problèmes. Pour nous, le plus important reste le bonheur de notre famille, c'est tout. Ben Ali a pu faire ce qu'il voulait tant que cela ne dérangeait pas notre vie quotidienne. Cette fois, les campagnes comme les grandes villes se sont soulevées. Ma famille est restée enfermée à la maison durant une semaine. Et quand le Président a traité les manifestants de terroristes, la colère a redoublé. Le chef de l'armée a refusé de tirer sur la foule, il a été limogé. L'Europe et les Etats-Unis ont aussi lâché Ben Ali. Il était temps pour lui de partir. »
Vous connaissez parfaitement la mentalité des Tunisiens. Selon vous, faut-il craindre la montée des islamistes ?
« Les Tunisiens vivent leur religion comme les Français. Ils revendiquent certaines valeurs, mais n'appliqueront pas des préceptes fondamentalistes qui modifieraient leur vie quotidienne. Dans les années 1970, Bourguiba avait retiré symboliquement le voile à une Tunisienne pour qu'elle puisse contribuer au développement de son pays. Ce geste est encore dans tous les esprits. Devant moi, une étudiante a été interdite d’examen parce qu’elle portait le voile. Ben Ali fermait les mosquées en dehors des horaires de prière pour éviter les regroupements suspects. Par ailleurs, les islamistes feront fuir les touristes. Or, le tourisme constitue le moteur économique du pays. »
Le calme va-t-il durablement s'installer en Tunisie ?
« Le départ de Ben Ali est une victoire. Mais le peuple veut désormais la disparition de son parti et de ses fidèles. Le gouvernement provisoire apparaît, pour beaucoup, comme une tentative de maintien du régime. Les anciens sont toujours aux postes stratégiques. Seuls trois opposants ont intégré les ministères. Et encore, ces individus faisaient partie de l’opposition officielle, autorisée par Ben Ali. Il faut vite organiser de nouvelles élections pour calmer les manifestants. »
Quels sont vos projets désormais ?
« En 2008, j’ai gagné mon stage à Poitiers en finissant major de ma promotion. Ma priorité est de terminer ma thèse en génie électrique. Ensuite, j’irai où je trouverai un emploi. Le problème, c’est qu’en Tunisie, les jeunes font de longues études sans débouché. Sur un autre plan, je me ferai un plaisir d’aller voter, pour la première fois, en toute liberté. »
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