Aujourd'hui
Acceptabilité
L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne.
« Situation apocalyptique », « Nous sommes à bout »… Ces derniers mois, la presse nationale s’est largement fait l’écho du malaise des surveillants pénitentiaires, confrontés à une surpopulation carcérale record. La semaine dernière encore, plusieurs blocages de prisons ont eu lieu en France à l’appel des syndicats, notamment à Vivonne. Et pour cause… Au 1er mars 2026, les prisons françaises comptaient 87 126 personnes détenues pour 63 500 places opérationnelles, selon le ministère de la Justice. Et le centre pénitentiaire de Vivonne n’échappe pas à cette réalité. Au 1er février, le seuil des 900 personnes écrouées a été franchi pour 644 places, réparties entre Vivonne et le site de la Pierre-Levée, à Poitiers. Une surpopulation qui pèse directement sur les surveillants. « Actuellement, on est à un ratio d’un surveillant pour 120 détenus… C’est ingérable, on monte parfois à 130 », alerte un représentant de la CGT pénitentiaire. En parallèle, l’établissement souffre d’un manque de bras chronique. Une trentaine d’agents seraient régulièrement absents, notamment en raison d'un épuisement professionnel. Un cercle vicieux s’installe : moins de personnel, plus de charge de travail, et donc davantage d’absentéisme.
Pour comprendre la situation, il faut aussi regarder derrière les portes des cellules. « Les conditions de travail sont à l’image des conditions de détention que l’on offre », résume un représentant syndical. A Vivonne, des cellules de 9m², initialement conçues pour deux personnes, accueillent désormais trois détenus, parfois davantage. Un matelas est ajouté au sol, dans un espace déjà saturé où coexistent lits superposés, table, rangements, sanitaires et douche. Une promiscuité extrême qui alimente tensions et conflits. « Lors des mouvements, il arrive qu’on subisse des crachats, des insultes, voire des coups. » Ainsi en mars dernier un surveillant a été mis au sol par un détenu à l’ouverture de la cellule. Blessé, il a souffert de deux entorses et a eu cinq jours d’ITT. Alors que l’agresseur a été retrouvée porteur d’une arme artisanale. En moyenne, l’établissement recense environ deux agressions physiques par mois contre le personnel.
Mais au-delà du risque physique, c’est la dimension humaine du métier qui s’efface peu à peu. Les surveillants évoquent des scènes traumatisantes. « Un pendu, sur le moment, ça ne fait pas toujours effet… mais des années après, ça peut ressurgir », confie un agent. Ces chocs répétés laissent des traces durables. Stress, fatigue nerveuse, troubles psychologiques, certains agents s’éloignent durablement du terrain, incapables de reprendre leurs fonctions. Dans ce contexte, beaucoup estiment avoir perdu le cœur de leur métier. « Aujourd’hui, on n’a plus que le rôle de porte-clés, de presse-boutons ». Le temps d’échange avec les détenus a disparu, remplacé par une gestion en flux tendu. Écoute, accompagnement, réinsertion, autant de missions devenues secondaires. A Vivonne, comme dans de nombreux établissements, les surveillants décrivent un système à bout de souffle, où la tension est devenue latente. Une situation qui, faute de réponses structurelles, pourrait encore s’aggraver.
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