Ehpad des Feuillants : « On ne vit pas décemment »

Une vingtaine d’aides-soignantes de l’Ehpad des Feuillants, à Poitiers, observent un mouvement de grève depuis un mois et demi. Elles ont eu l’occasion d’expliquer à François Ruffin leur désespoir.

Arnault Varanne

Le7.info

C’était le 22 avril, à Poitiers, en face du palais de justice de Poitiers, à quelques centaines de mètres de l’Ehpad des Feuillants. Aide-soignante en grève, Marthe Amboa a pris la parole devant François Ruffin(1), député Debout ! de la Somme et futur candidat à l’élection présidentielle venu au soutien. Sans filtre. « Avec la prime Ségur, je touche 1 650€ par mois. On peut le dire, nous sommes des travailleurs pauvres. Notre salaire ne nous permet pas de vivre décemment, notamment quand on élève seule ses enfants. Cela veut dire se nourrir correctement, se soigner correctement, se vêtir correctement. Les plaisirs, n’en parlons pas… On ne peut pas aller au restaurant ou au cinéma. »

A cette précarité s’ajoutent les journées à rallonge et le sentiment de culpabilité de ne pas s’occuper comme il le faudrait des résidents. « On travaille deux week-ends par mois et nous sommes sur une amplitude horaire de dix heures, en flux tendu. A chaque fois, on se demande si on a bien fait notre travail. » « On est vraiment chronométrés, c’est comme du travail à la chaîne. Ce n’est pas possible alors qu’on travaille avec des humains », clame l’une de ses collègues.

« Trois échelles de responsabilités »

Les « indispensables » veulent donc du changement, mais se heurtent pour l’instant au mur du silence. Après plusieurs semaines de grève, Marthe et ses collègues (18 au total), soutenues par la CGT Santé, sont pourtant toujours déterminées à faire plier la direction du groupe Vivalto Vie, propriétaire de l’établissement poitevin. « On est face à une absence de relations, se désole Léa Guillon, déléguée CGT. L’un de nos directeurs est parti en vacances. Nous, on n’en prend pas. La lutte c’est tous les jours du matin au soir. »

Fin connaisseur du monde des services à la personne(2), François Ruffin a suggéré aux 
« indispensables » de se mobiliser auprès de « trois échelles de responsabilités », à commencer par les dirigeants de Vivalto Vie. « L’Etat, via le préfet ou l’Agence régionale de santé, doit mettre tout le monde autour de la table et la direction n’a pas le droit de sortir tant qu’un accord n’a pas été signé. Il y a de plus en plus de personnes âgées et de moins en moins de personnes pour s’en occuper. C’est un défi et il faut investir pour structurer le champ du vieillissement. »

(1)Le « barbecue combatif » a réuni quelque 200 personnes, citoyens, syndicalistes, élus… 


(2)Auteur de plusieurs documentaires, dont Au boulot !.

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