Porté par le vieillissement de la population, le secteur des services à la personne connaît une forte croissance. Mais derrière cette dynamique, les difficultés de recrutement et le manque d’attractivité des métiers restent 
prégnants.

Pierre Bujeau

Le7.info

Dans le prolongement des évolutions démographiques à l’œuvre depuis plusieurs années, le secteur des services à la personne s’inscrit dans une dynamique de croissance continue en France. En 2022, près de 5 millions de foyers fiscaux y ont eu recours, soit 12% des ménages, selon la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques). À l’échelle de la Vienne, où près de 30% de la population a plus de 60 ans, les besoins d’accompagnement à domicile s’intensifient. Une progression qui s’explique par des transformations de société : allongement de l’espérance de vie, développement des maladies chroniques et volonté de vieillir chez soi. Aujourd’hui, 80% des plus de 85 ans vivent à domicile selon la Dress.


Un secteur sous tension

Mais cette dynamique se heurte à une pénurie persistante de main-d’œuvre. En Nouvelle-Aquitaine, 269 400 projets de recrutement sont recensés en 2025, dont 57% jugés difficiles. Dans la Vienne, 
« chaque année, le territoire a besoin de plus de 2 000 nouveaux salariés dans le secteur de l’autonomie », souligne Lalie Pardailhé, chargée de projets emploi au Centre de ressources pour l'aide à l'autonomie. Un objectif encore loin d’être atteint. Et pour cause, « c’est un secteur dans lequel il est difficile de se projeter », 
observe-t-elle. Conditions de travail exigeantes, horaires morcelés, pénibilité physique et déplacements fréquents pèsent sur les vocations. « Travailler à domicile, notamment en zone rurale, devient extrêmement compliqué avec la hausse du coût des carburants, alors que les salariées sont déjà peu rémunérées. »


Nombreux freins

Sur le terrain, les difficultés sont concrètes. « Certaines professionnelles peuvent être déclarées inaptes dès 30 ans », 
remarque Lalie Pardailhé, évoquant troubles musculosquelettiques, risques psychosociaux et isolement dus au travail à domicile. Autre caractéristique du secteur : sa forte féminisation. On ne compte pas moins de 70% de femmes au global, et on monte jusqu’à 97% pour les aides à domicile. « On essaie de déconstruire ces stéréotypes, notamment en intervenant dès le collège ou le lycée », explique la chargée de projets, évoquant aussi l’évolution du vocabulaire professionnel pour élargir le recrutement. Exit l’anachronique femme de ménage, place aux agent.e d’entretien ou employé.e de vie. Malgré ces fragilités, le secteur reste porteur. 
« C’est l’un des rares en croissance. » Mais le défi reste de taille : répondre à une demande croissante tout en renforçant l’attractivité de métiers essentiels au lien social.

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