Artisan philanthrope

Mathieu Chaveneau. 43 ans. Directeur exécutif de la fondation Libellud, à Poitiers, et membre du Centre des jeunes dirigeants de Poitiers-Châtellerault depuis 2014. Cultive une fibre socioculturelle née d’un parcours professionnel aussi riche que singulier.

Steve Henot

Le7.info

La barbe est plus foisonnante que d’habitude et les cheveux un peu plus longs aussi. Depuis plusieurs semaines, Mathieu Chaveneau les laisse pousser dans l’espoir de décrocher un rôle de figurant dans la prochaine épopée médiévale de Ridley Scott, dont des scènes seront bientôt tournées en Dordogne (*). « Je le fais avec mon père pour le fun », sourit le natif de Bergerac.

Il est comme ça. Toujours en quête de nouvelles, expériences de nouveaux défis, mû par ses envies. « Je n’ai pas la volonté d’organiser mon temps, je suis un instinctif. Mais quand je prends des engagements, je les respecte au maximum. » Le jeune quadra, issu d’une fratrie de quatre enfants, est le directeur exécutif de la fondation Libellud, laquelle a vocation à soutenir et à accompagner des initiatives autour de l’éducation et de la jeunesse. Dernier chapitre d’un parcours « atypique », c’est lui qui le dit.

De l’artisanat au jeu

Au sortir de ses études dans les métiers de l’artisanat -chauffagiste, frigoriste, métiers du gaz- il effectue son service militaire parmi les derniers incorporés de 1998. « L’armée a été un pivot, assure ce fils d’un père professeur d’œnologie et d’une mère psychologue. En sortant, je ne me voyais pas retourner dans l’artisanat. » L’ancien scout y passe son brevet d’aptitude aux fonctions de directeur d’accueil collectifs de mineurs. A l’issue de son service, il part diriger plusieurs centres socioculturels à Paris et La Rochelle.

Mathieu Chaveneau rejoint Poitiers en 2013, à la tête de Kurioz, association d’éducation populaire dédiée à la solidarité internationale et au développement durable. « Une grande période, confie-t-il. Cela m’a permis de participer à des tables rondes à Bruxelles, d’y représenter des ONG et de développer des projets. » En parallèle, il adhère au Centre des jeunes dirigeants (CJD) de Poitiers-Châtellerault, où il fait la rencontre de Régis Bonnessée, le directeur de Libellud, maison d’édition de jeux de société basée à Poitiers. Entre eux, le courant est tout de suite passé. « On est gourmand de rencontres, cela fait partie des moteurs de notre vie. Avec un peu d’utopie aussi. Le statu quo nous ennuie. »

C’est là que les deux hommes envisagent la création d’une fondation d’entreprise. Elle se concrétise rapidement -le temps d’un préavis- avec l’arrivée, en octobre 2017, de Mathieu au sein de Libellud. Il était loin de s’imaginer travailler un jour dans l’univers du jeu. « Chez moi, c’était seulement belote et tarot, avec un peu de Trivial Pursuit, de Monopoly ou de Cluedo, sans plus. Maintenant, j’embarque toujours deux ou trois jeux en vacances, pour mes trois enfants. C’est rentré dans ma pratique familiale. »

« J’ai l’impression d’avoir fabriqué mon métier »

Sa carrière recèle bien d’autres facettes, jamais très éloignées du monde associatif et du domaine de l’éducation. Bénévole au Secours populaire, enseignant au lycée Kyoto ou encore consultant en entreprise… Une richesse qu’il cultive et revendique. « Cela amène à développer des passions, un regard sur le monde. » De toutes ses passions, la gestion de projets est sans doute celle qui l’anime le plus. Celle qui nourrit la plupart de ses lectures aussi. « Je suis créatif. J’aime construire et « designer » les choses, j’aurais pu être architecte dans une autre vie. »

Ses mots d’ordre ? « Audace » et « enthousiasme ». Partisan d’un certain pragmatisme en milieu professionnel, Mathieu fait le pari de « l’intelligence collective » en associant les salariés de Libellud à sa démarche philanthropique. « C’est ce qui permet de redonner du souffle, du sens dans l’absolu. Travailler dans un contexte, ne pas être une machine… C’est l’avenir du monde. » Politiquement, Mathieu se dit de « centre-gauche », bien qu’il se soit brièvement engagé auprès de François Bayrou lors des élections présidentielles de 2007. « De gauche-gauche, quand je suis énervé. » Et aujourd’hui, ce ne sont pas les sujets de révolte qui lui manquent…

« La philanthropie, un bel objectif »

« Pas aussi pratiquant que les dogmes le souhaitent », il est aussi un fervent chrétien dont la foi est née hors du cercle familial, durant ses années de scoutisme. « A 8 ans, j’avais déjà besoin de bouger. » Des années plus tard, rien n’a changé. Depuis vingt ans, Mathieu pratique l’aïkido à haute dose. Troisième dan, il a relancé l’Ishikidojo à son arrivée à Poitiers, assurant les cours tous les jours pendant trois ans. « Le kimono était ma deuxième peau. »

A Libellud, Mathieu se sent plus que jamais à son aise, confiant et motivé, dans une boîte qui partage sa « fibre socioculturelle ». « On croit assez à l’exemplarité, on frôle l’activisme. C’est un beau dada, la philanthropie locale, un bel objectif… Cela peut me tenir pour encore vingt ans. J’ai une latitude de travail assez illimitée, l’impression d’avoir fabriqué mon métier. C’est mon côté artisan ! » Il espère couronner l’année de nouveaux succès. Mais pas seulement. « Je suis un chercheur d’équilibre. J’essaye d’être un bon père, un compagnon amoureux, un aussi bon fils que possible, de prendre soin des gens que j’aime… Bref,  je voudrais vivre une année qui s’enracine dans le contact humain. »


(*) Le réalisateur britannique y a tourné son premier long-métrage,
Les Duellistes, en 1976.

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