A la campagne, un besoin de commerce

En milieu rural, le sujet du commerce est crucial pour la vie des habitants. Exemple d’une réussite à Liglet, où Anaïs Pinot a reçu la Première ministre la semaine dernière.

Arnault Varanne

Le7.info

Ce n’est pas tous les jours qu’une Première ministre pousse la porte d’un commerce d’une commune de 309 habitants. Jeudi dernier, flanquée de trois ministres de son gouvernement(*), Elisabeth Borne s’est aventurée dans le multiservices de Liglet, une bourgade du Sud-Vienne, tenu depuis janvier par Anaïs Pinot, 27 ans. La jeune femme a pris la suite du boulanger Jean-Luc Véger, dont elle a été salariée, en janvier 2023. « Fin 2021, il m’a annoncé qu’il partait en retraite sans avoir trouvé de repreneur. Je lui ai demandé de repousser d’une année, de m'attendre ! » 
La commune a investi dans le four à pain, Anaïs a obtenu un CAP boulangerie et, un an plus tard, le commerce tourne rond. D’autant que deux camions-supérettes sillonnent les routes des communes voisines avec des tournées de plusieurs dizaines de kilomètres.

« Tout le monde m’a suivie, les Chambre de commerce et de Métiers, le cédant... », ajoute l’ancienne salariée agricole. Cerise sur le gâteau, son commerce propose des produits locaux. Et ça marche, au point qu’elle ne fournit pas. Sur les terres de son arrière-grand-père, Anaïs est donc en passe de réussir son pari sur le plan économique... Elle montre au passage que la fermeture des commerces ne constitue pas une fatalité. Pour l’Etat, notamment, ce serait même le contraire. Dans le plan France Ruralités annoncé la semaine dernière à Saulgé, l’ex-préfète de Région et de la Vienne s’est fendu d’un long plaidoyer en faveur du commerce de proximité. Concrètement, l’Etat a débloqué une enveloppe de 12M€, dont 2,5M€ ont déjà été consommés au profit de 
76 projets dans l’Hexagone.

« Trouver de bons professionnels »

« Soutenir le maintien ou l’ouverture de petits commerces est essentiel, mais la première difficulté reste de trouver de bons professionnels, qui peuvent proposer une large gamme de produits », estime Alain Pichon, président du Département. Laquelle collectivité intervient sur la rénovation du patrimoine. La Région, de son côté, pousse aussi en faveur de l’économie rurale. L’an passé, la collectivité a financé en partie les travaux de rénovation d’un futur multiservices à Ceaux-en-Couhé 
(750 000€ au total), commune de 579 habitants du Nord-Vienne. Au menu : bar-restaurant-épicerie-relais poste. Nom de « code » : Chez Nous. Aux commandes : Manon et Mandy Doyette, un couple originaire du Pas-de-Calais. Sans soutien public, le projet n’aurait jamais vu le jour.

Néanmoins, le succès tout relatif de l’opération « 1 000 cafés » portée par l’association éponyme incite à la prudence. En deux ans, seuls 200 bistrots ont ouvert leurs portes. A Saint-Léger-de-Montbrillais, Le Penalty attend toujours sa réouverture. De la coupe aux lèvres... « C’est dans la France rurale que nous construirons bon nombre de solutions pour demain », assure la Première ministre. Reste à transformer l'essai.

(*)Elle était accompagnée de Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, de Dominique Faure, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales et des Ruralités, et d’Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des PME, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme.

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