Aujourd'hui
Au fond, elle n’a pas tellement changé. Les cheveux ont repoussé, poivre et sel, et pour rien au monde elle ne les teindrait histoire de masquer les affres du temps qui passe. « Vieillir est une bénédiction ! » Le cri du cœur d’Alexandra Delaune s’accompagne d’un sourire contagieux. De ceux qu’elle distille à intervalles (très) réguliers sur les réseaux sociaux. Comme il y a un avant et un après-Covid, il y a un avant et un après-cancer du sein. « Ma vie d’avant, je l’ai laissée le 8 janvier 2021, jour de ma première chimio. Je ne serai plus jamais la même. » La « femme parfaite », cadre dans les assurances, mariée, deux enfants (15 et 7 ans à l’époque) s’est muée en guerrière le temps de la tempête.
Chimiothérapie, immunothérapie, mastectomie... Elle a « tout eu », jusqu’au répit, hélas encore relatif aujourd’hui. « Ça va, ça va... » A la solution du repli sur soi, la Poitevine a préféré transformer l’épreuve en « quelque chose » de valorisant. Montrer que la maladie se dompte à coup de projets. Se dépasser. Inspirer. Convaincre. Inciter au dépistage, aussi. Ses tribulations l’ont conduite dans le désert marocain, pour le rallye Aïcha des Gazelles (2023), avec sa cousine. Elle a créé son association, Cap’Zelles. Est retournée au Maroc en novembre dernier pour le Trek'in Gazelles. Organise encore des ateliers de palpation, « Touche tes boobs ». Et a monté, avec le photographe Mahieu Lipsteinas, une exposition « très artistique, décalée, absolument pas rose ».
Le projet « Elles sont 1 sur 8 mais elles pourraient être toutes » représente douze femmes, avec pour chacune un message à délivrer. Leçon n°1 : « La vie peut être rose mais pas le cancer. » Après l’atelier Falbala, à Poitiers, l’exposition va bientôt migrer vers Châtellerault. Le fruit de la vente des calendriers sera reversé... en octobre, au service des soins palliatifs du CHU de Poitiers. S’y ajouteront les bénéfices des ventes du livre d’Alexandra, « deux cent vingt pages et quelques ». Elle l’a écrit sur les conseils de sa psy, pour exorciser l’épreuve, « coucher sur le papier [ses] émotions ». L’objet à paraître s’appelle Et pourtant... L’histoire d’une femme banale avec un cancer devenu banal. La précommande a bien marché, de quoi lui arracher un énième sourire. « Si je peux aider une femme à se faire dépister, j’aurai gagné. »
Dans ce livre-confession, la Saintaise d’origine s’épanche, notamment sur cet après qui donne le vertige et dont « les oncologues font bien de ne pas nous parler ». « Ces gens qui pensent qu’on est guéri, que tout est reparti... On s’interdit de pleurer, d’aller mal, d’être fatiguée, de dire qu’on n’est pas bien. Parfois, on aimerait juste rester sous une couette plutôt que de répondre aux injonctions de la femme parfaite. » Alexandra Delaune évoque au-delà « le choc post-traumatique » de l’entourage. Le cancer, une traversée du désert solitaire ? Hélas, non. La fille de cadre et d’infirmière, qui s’est rêvée « juge d’instruction puis flic », remet les points sur les « i ». Point final ? « Disons qu’après ça, je veux vraiment tourner la page, j’en ai besoin. » Le voyage figure au cœur de ses préoccupations. La responsable régionale d’animation commerciale des entreprises et des professionnels entend « faire découvrir le monde à [ses] gosses ». Du Vietnam au Canada, il n’y a qu’un pas... « Leur montrer que la vie est belle, qu’elle vaut la peine. Le cancer, on en sort, on s’en sort. »
A la maison, celle qu’on surnomme La Gazelle s’évade par la littérature. Elle a adoré Kilomètre zéro et passe volontiers des heures à dévorer les histoires de Freida McFadden. Bientôt, c’est sûr, les romans pèseront davantage dans ses moments de loisirs. Mais avant, elle a une mission à terminer : récolter le maximum d’argent au profit des soins palliatifs. Elle a gardé en tête une phrase de Mélody Larcher, disparue en août 2022 après huit ans de lutte acharnée. Elle avait créé l’association L’Art rose. « C’est elle qui m’avait accompagnée et donné la force d’avance. Elle m’avait dit : « Aux soins palliatifs, tu meurs sans rideau et dans des draps qui grattent. Ça m’est resté ». »
A sa sortie, son livre devrait figurer en bonne place au pôle régional de cancérologie, là où tout a commencé ce fameux 8 janvier 2021. Elle l’imagine entre les mains des infirmières et des patient(e)s, comme un témoin qu’on transmet. Signé d’une femme « parfaitement imparfaite », et fière de l’être.
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Aujourd'hui
Alexandra Delaune. 46 ans depuis le 7 février. Poitevine. Victime d’un cancer du sein en 2021. S’apprête à tourner une page douloureuse mais enrichissante de son histoire. Un livre à paraître. Et après ? La vie, dans ce qu’elle a de plus beau, aux côtés des siens.