mercredi 21 janvier
Ce week-end, pas de mariage ni de sacrement : le père Le Merrer… fait des crêpes. Quadragénaire dynamique, il sillonne Poitiers à bord d’un camion reconnaissable entre mille. La couleur d’abord, un orange tirant sur le fuchsia. Puis le slogan : « La crêpe pour tous ». Les aficionados de Disney y verront un clin d’œil à « Frère Tuck », le moine complice de Robin des Bois. Et à l’instar de l’archer au grand cœur, le prêtre entend lui aussi « redonner aux pauvres ». « Comme beaucoup, je constate l’augmentation de la pauvreté dans ma paroisse, confie-t-il. Je prêche, je parle beaucoup, mais il me semblait nécessaire d’être aussi dans l’action. » Alors en 2023, il crée une association, rallie une dizaine de bénévoles à sa cause et se lance dans une croisade contre l’isolement et la précarité auprès des plus démunis. Vendues à prix symboliques- 0,50€ nature, 1€ garnie- les crêpes deviennent surtout le support d’un dispositif solidaire inspiré du café suspendu. Le principe est simple : des clients paient d’avance une ou plusieurs spécialités si chères à ses racines bretonnes, destinées ensuite à celles et ceux qui n’ont pas les moyens de se les offrir. Sa crêpière ambulante fait désormais escale aux Trois-Cités et à Buxerolles, le mercredi et le dimanche après la messe, cela va de soi. L’ancien capitaine de l’équipe de football de l’Espérance sportive de Saint-Benoît pousse même la générosité encore plus loin.
« Certaines personnes sont isolées, d’autres trop âgées pour se déplacer. Alors on va vers elles », explique-t-il. Ce week-end, des scouts de Poitiers- rejoints par d’autres d’Angers sont venus prêter main forte malgré le froid, transformant la tournée du food truck en véritable mission fraternelle. Stanislas, étudiant, sourit : « Livrer des crêpes ? Une première ! On aurait pu passer le week-end entre amis, mais on fait ça de bon cœur. C’est concret, humain. » Antoine, prêt à enfourcher son vélo direction Saint-Benoît, y voit aussi « une belle activité de cohésion » entre groupes scouts. Aumônier de plusieurs d’entre eux, le père Le Merrer se dit touché par ce qu’il observe sur le terrain : « Ma certitude intérieure est que l’humain est généreux, mais il faut lui donner les possibilités de l’exprimer. On voit qu’avec nos actions, on déclenche de la générosité, y compris chez les plus pauvres eux-mêmes. »
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