À Poitiers, le pré-
diagnostic des falaises mené par la Ville concerne près de
600 riverains. Entre risques naturels, obligations juridiques et coûts potentiellement lourds, la prévention se heurte aux inquiétudes des habitants.
Le pli est arrivé sans fracas. Pourtant, pour près de
600 habitants, il marque un tournant. Après trois ans d’études- pour un coût dépassant les
200 000€- le pré-diagnostic des falaises qui longent notamment le Clain et la Boivre révèle des situations préoccupantes. Sur 1 639 parcelles examinées, 593 sont classées en priorité 1, nécessitant des travaux jugés « prioritaires ». Un chiffre qui peut impressionner, mais que Jean-Luc Maynard, responsable du pôle Résilience à la Ville, tient à tempérer : « Il n’y a pas de très grandes surprises », assure-t-il, évoquant les fortes variations de température et les récents épisodes météorologiques. Selon lui, l’étude constitue avant tout un état des lieux précis, un « point zéro » destiné à suivre l’évolution des falaises. Installés pour certains depuis plusieurs décennies, des riverains soulignent que la municipalité actuelle est la première à traiter le dossier de manière approfondie. « Ça concerne directement la maire »,
ironise une habitante. Car le risque, lui, est bien connu : érosion du calcaire, infiltrations d’eau, cycles gel-dégel, végétation invasive. En 2024, plusieurs chutes de blocs ont été signalées. Aucun blessé, mais des dégâts matériels.
Falaises sous surveillance
Côté habitants, le ressenti oscille entre compréhension et désarroi. « On a reçu un courrier, mais personne ne comprend vraiment », confie un riverain. Malgré les réunions publiques organisées en amont, beaucoup disent manquer d’explications concrètes. La classification P1, P2 ou P3 suscite des interrogations : urgence réelle ou simple vigilance ? Au-delà du risque naturel, la question de la responsabilité inquiète. Car c’est là que la tension apparaît. Beaucoup découvrent qu’ils sont responsables d’une falaise. Selon le code civil, le propriétaire du haut est censé en assumer la charge. Mais, entre grottes, caves, droits de passage et cadastres imprécis, la réalité est plus complexe.
« Des habitants croyaient ne pas être propriétaires… et le sont. Ou l’inverse. » De quoi nourrir certains conflits de voisinage, notamment quand les blocs tombent chez le voisin du bas. « C’est du cas par cas », reconnaît Jean-Luc Maynard. La Ville se positionne comme accompagnatrice, proposant une aide à la lecture des fiches et une orientation vers des professionnels. Un rôle de médiateur parfois délicat.