François Fizet fait partie des rares artisans du territoire à travailler le vitrail. De Dubaï à Chartres, le travail du verre l’a conduit sur des chantiers parmi les plus prestigieux, jusqu’au Graal : Notre-Dame de Paris.
15 avril 2019. Une date entrée dans l’histoire nationale et dans celle, plus discrète, d’un artisan poitevin. Ce soir-là, les flammes dévorent la charpente de Notre-Dame de Paris. Les images tournent en boucle, les Parisiens regardent, incrédules, leur cathédrale s’embraser. François Fizet, lui, assiste à la scène comme des millions de Français. Il ignore encore qu’une semaine plus tard, il arpentera son toit. Formé à l’Ecole du verre à Paris, il affine son geste dans l’atelier de Frédéric Pivet, à Morthemer. L’apprentissage est exigeant : comprendre la matière, apprivoiser la lumière, accepter la lenteur. Indépendant depuis plusieurs années, l’artisan tisse, au fil des chantiers, un réseau solide parmi les grandes maisons.
Artisanat
En 2019, il collabore avec l’atelier Duchemin lorsque survient l’incendie. « On le vit comme tout le monde, devant la télévision. Sans imaginer une seconde qu'on se retrouvera là-haut. » Très vite, l’État mobilise les savoir-faire. Quatre-vingts verriers venus de toute la France sont appelés pour déposer et sécuriser les vitraux. À leur arrivée, l’odeur âcre de la fumée flotte encore. Le plomb a fondu, éclaboussant le verre, la pierre est noircie, la structure est fragilisée. « La première fois, personne ne parle. C’est un champ de bataille. » Il faut pourtant agir. Démonter, numéroter, protéger, descendre chaque panneau. Un travail d’orfèvre dans un décor d’apocalypse. Après la sauvegarde vient la restauration. François Fizet est de nouveau sollicité, cette fois par l’atelier Baudoin & Monique, pour participer à la repose de ces joyaux après une année d’interventions minutieuses. Pendant quatre mois, le chantier prend des allures médiévales : tailleurs de pierre, charpentiers, menuisiers, verriers œuvrent côte à côte. Une fraternité de métiers rare. Là-haut, leurs noms sont scellés dans le coq restauré en cuivre doré au sommet de la flèche. Une trace discrète, pour la postérité.
Installé à Poitiers depuis la fin de sa formation, l’ancien pensionnaire du centre de formation du Stade poitevin volley a choisi le verre plutôt que le terrain. Le vitrail lui a offert ce que peu de métiers promettent :
voyager par le geste. Dubaï d’abord, pour concevoir le dôme vitré d’une piscine privée. Puis les hauteurs vertigineuses de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, au plus près d’un patrimoine séculaire. Ou encore la Sainte-Chapelle, écrin de lumière abritant certains des plus anciens vitraux conservés au monde. Derrière ces lieux prestigieux, une même réalité :
celle de la sauvegarde d’un patrimoine menacé. « L'Etat priorise désormais ses financements dans la sécurité, la défense… Plus vraiment pour la culture. »