Olivier Pouvreau vous livre cette semaine une petite touche d’optimisme sur fond de biodiversité.

Le7.info

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Certains soirs de février, à l’heure où la lumière du jour décline, d’étranges cris me parviennent tandis que je ferme les volets de la maison. Faits de deux syllabes traînantes, ils ressemblent à des miaulements dont l’accent final dessine une note interrogative. Je reconnais là le chant du mâle d’une petite chouette, la chevêche d’Athéna (Athene noctua). Pourtant, à considérer le milieu où elle semble être installée, sa présence ne me paraît pas aller de soi. En effet, la chevêche a généralement besoin d’une vieille bâtisse ou d’un vieil arbre creux pour édifier son nid ainsi que des prairies naturelles pour chasser. Or, près de chez moi, il n’existe rien de tel à première vue : comme la plupart des paysages ruraux défigurés par l’agriculture d’après-guerre, on trouve d’immenses parcelles culturales remembrées et dénuées de bâtiments abandonnés… Un jour, décidé d’en avoir le cœur net, je partis en repérage, jumelles en bandoulière. Mes suppositions furent alors balayées : j’eus le plaisir de découvrir l’existence d’une vaste prairie naturelle que bordait un miraculeux lambeau de haie composé de « trognes », ces arbres têtards difformes, noueux et creux. J’orientai alors mes jumelles vers le chêne le plus déformé : deux chouettes s’y trouvaient, somnolentes, campées de part et d’autre d’une cavité signalant a priori l’entrée de leur nid. Quelle joie de revoir la chevêche, boule de plumes si touchante et si malmenée par l’agriculture intensive ! Cette trouvaille fonctionna tel un petit miracle dans mon imaginaire colonisé par les constats sur l’érosion mondiale du vivant : il a suffi qu’un agencement favorable s’opère (ici, la coexistence d’une prairie naturelle et de quelques arbres creux) pour qu’une espèce déclinante résiste. « Pour combien de temps ? » Telle est la métaphysique question que pose, intrinsèquement, la « modernité ».

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