Karine Desroses, vice-présidente en charge de la formation professionnelle, de l'apprentissage et de l'emploi pour la Région Nouvelle-Aquitaine fait le point sur la situation régionale.
En décembre, vous aviez déjà tiré la sonnette d'alarme en claquant la porte de France Compétences. Que se passe-t-il aujourd'hui ?
« En décembre, France Compétences annonçait une diminution de 50% de l'enveloppe allouée aux Régions pour financer l'apprentissage. Pour montrer notre désaccord, avec Valérie Debord, élue pour le Grand Est, nous avions refusé de siéger. Aujourd'hui, nous venons d'apprendre que nous allions subir une baisse de 88%. On peine à y croire. Pour la Région Nouvelle-Aquitaine, cela signifie que l'enveloppe de 40M€ passe à 5M€ pour 2026. C'est une décision incompréhensible. Les règles changent en cours d'année. La Région avait décidé de soutenir une cinquantaine de projets de réhabilitation d'établissements, de mise aux normes ou de création de plateaux techniques. Aujourd'hui, c'est compromis. »
Quelles sont les conséquences ?
« Nous avons voté le budget régional. Aujourd'hui, sans cette enveloppe, il manque 25M€ pour honorer nos factures. Cela met à mal les entreprises qui réalisent les travaux. Et c'est bien l'État qui en est responsable. Depuis 2018, France Compétences a pour rôle de financer et réguler le système, notamment en reversant une enveloppe aux Régions. Sans cet apport, c'est la mort de l'aide régionale à l'apprentissage. »
« Il faut redonner aux Régions une enveloppe digne de ce nom. »
Quel est votre message aujourd'hui à la ministre ?
« Nous essayons de trouver des solutions, mais pour cela il faut redonner aux Régions une enveloppe digne de ce nom. Ces dernières années, l'apprentissage avait redoré son image, de nombreux jeunes avaient trouvé leur voie. Et les entreprises ont et vont avoir besoin de ces jeunes formés dans leurs équipes pour créer de la valeur ou pour reprendre l'activité. Ce qui nous énerve également, c'est la raison donnée. France Compétences est en déficit de 12Md€. Pour renflouer les caisses et face aux tensions internationales, l'apprentissage doit faire des efforts. C'est entendu, mais pas aussi brutalement, pas au point de sacrifier cette jeunesse. »
Les centres de formation ruraux vont être les premiers à être fragilisés ?
« Oui, à long terme, ce sont des centres de formation des apprentis qui vont fermer. Les CFA ruraux, avec de faibles effectifs, sont les premiers concernés. L'une des questions à poser serait : de combien avons-nous besoin d'apprentis ? C'est une réflexion à avoir sur la qualité plutôt que la quantité. Ce sont des formations essentielles pour les territoires, là, on les assèche. Campus 120, le CFA de la Chambre de métiers, les Maisons familiales rurales, les Compagnons du Devoir... Tous seront impactés. C'est une décision brutale sans concertation, mais nous allons continuer le combat. »