Ludivine Gouban. 48 ans. Originaire de Parthenay. Artiste plasticienne, graphiste et photographe. Victime d’un burn-out en 2024. Dévoile ses toiles à la Maison de la forêt, à Montamisé. Nom de code de l’expo : Burn to be alive. Résiliente et combative. Apprend aujourd’hui à dire non.
Ludivine Is An Artist, LIAA. Si, si… C’est elle qui le clame haut et fort, comme une affirmation d’elle-même après deux années sombres. « Je l’ai dit à mes parents l’autre jour, c’est comme ça et pas autrement ! J’ai 48 ans et j’ai choisi d’assumer ce que je suis. » En réalité, la fille de commerçants parthenaisiens, biberonnée au dessin et élevée dans la culture du travail, s’est toujours accomplie crayon en main, appareil photo en bandoulière. La maison familiale en porte encore les « traces ». Mais LIAA va aujourd’hui plus loin. Au premier étage de la Maison de la forêt, l’artiste a accroché une dizaine de ses toiles et une palanquée de dessins. Son exposition, à voir jusqu’au 1er juillet, s’intitule très subtilement Burn to be Alive. Une expo comme une frise chronologique des états émotionnels qui l’ont traversée, elle qui a dit « stop » le 28 juin 2024.
« Ce jour-là, je suis allée voir mon médecin qui m’a arrêtée et m’a prescrit des anxiolytiques »,
détaille Ludivine. La chargée de communication dans une association aujourd’hui disparue évoque avec le recul
« une histoire hallucinante » sur fond de relations toxiques et autres problèmes de trésorerie. Une histoire hélas assez banale aujourd’hui qui l’a conduite
« au fond du trou ». « Les trois premiers mois, j’étais comme un zombie, j’avais interdiction de lire, de créer. Je pleurais sans raison, il fallait vraiment que je fasse redescendre toute cette pression. Mon compagnon m’a beaucoup aidée dans cette période… On est deux millions en France, il faut s’interroger. »
« Des idées noires »
Deux ans après, l’émotion affleure encore par instants. La maman de deux filles (19 et 10 ans) le sait, l’épuisement professionnel est une bombe à fragmentation qui laisse des traces durables, surtout quand on est impliqué. Mais elle a aujourd’hui « appris à dire non »
aux multiples sollicitations.
« Combative et optimiste », Ludivine s’est découverte « forte » pendant sa traversée du désert. La foule et les environnements bruyants l’ont longtemps tétanisée, presque autant que les rendez-vous à la médecine du travail. Fichu sentiment d’incompréhension, de décalage. « Je ne vais pas mentir, on a des idées noires dans ces périodes-là. Plus rien ne compte, son monde s’écroule. » Et pourtant, LIAA touche aujourd’hui au but en entamant une carrière artistique, avec le soutien de quelques proches et des réseaux sociaux. Elle a rejoint le collectif Les Hang’art et fourmille de projets pour la suite. Burn to be Alive est sans doute la première pierre d’un avenir plus serein.
« Il n’y a pas qu’un seul chemin dans la vie pour arriver à ses fins. »
Son père avait raison : il n’y a « pas qu’un seul chemin dans la vie pour arriver à ses fins ». L’ex-chargée d’animation événementielle, qui, gamine, rêvait de devenir « architecte d’intérieur » ressent une forme nouvelle d’accomplissement. Après tout, elle a semé tout un tas de petits cailloux sur sa route, des arts appliqués à Bressuire aux Beaux-Arts à Tours (deux ans), en passant par un CAP graphiste-décorateur et un bac pro commerce. LIAA s’est beaucoup cherchée, elle a enfin trouvé sa voie. Burn to be alive, on y revient, sonne comme un témoignage, un cri du cœur à diffusion large. « C'est dingue parce qu’on trouve beaucoup de contenus sur les prémices, les premiers symptômes, la reconstruction après un burn-out, mais personne ne parle de ce qui se passe pendant. » LIAA l’a projeté sur les murs. Sur l’un de ses tableaux, notifications, mails, SMS et demandes de collègues s’agrègent dans le cerveau comme une cocotte-minute en fin de cuisson.
Horizon dégagé
Dans son opération de reconstruction, Ludivine Gouban a pu compter sur Manon Lavoie, autrice du livre Créer le meilleur de soi et du carnet Cultiver une vie inspirée. « C’est du développement personnel par le collage introspectif », résume la Poitevine. Ses routines artistiques se doublent, « dans la mesure du possible »,
de séances de yoga et de cohérence cardiaque. « J’ai appris à mieux respirer lors d’une retraite dans les Pyrénées, on n’en parle pas assez alors que c’est essentiel. » Pas de quoi cependant lui permettre de trop se projeter. LIAA vit « au jour le jour », s’accorde désormais « une journée minimum de break par semaine pour redescendre en pression ». Bref, elle se soigne. Et les bonnes nouvelles s’enchaînent. En fin d’année, elle aura son propre e-book de la Maison Bundle, qui promeut en ligne le talent d’artistes sous la forme de livrets éphémères de leurs créations. Ludivine s’en réjouit d’avance. Le premier jour du reste de sa vie s’éclaire d’un jour enfin lumineux.